Nominé pour le Public Eye People’s Award 2013
par War On Want, www.waronwant.org
En bref
La plus grande armée privée du monde : le prestataire de services de sécurité britannique G4S emploie pas moins de 650 000 personnes. Les forces de sécurité sont souvent mal formées, mal payées et comptent dans leurs rangs plusieurs repris de justice. La société, qui est active dans 125 pays, est le deuxième plus gros employeur privé du monde et est impliquée dans de nombreuses affaires d’atteintes au droit international et aux droits de l’homme. G4S est notamment en charge de checkpoints et de prisons dans les Territoires palestiniens occupés, pour le compte d’Israël, se rendant ainsi complice de la politique de colonisation illégale mise en œuvre par cet Etat et des tortures pratiquées à l’encontre de Palestinien-ne-s dans les prisons israéliennes. En outre, plusieurs cas de décès survenus au cours d’expulsions opérées par G4S ont été rapportés. La société effectue parallèlement des missions dans diverses zones de conflit pour le compte de régimes répressifs, notamment en Afghanistan, en Irak, au Bahreïn ou encore en Arabie Saoudite.
G4S
- Siège principal : Crawley, Royaume-Uni
- Branche : services de sécurité
- Chiffre d’affaires / Bénéfice : 7,5 milliards de £ / 531 millions de £
- En possession de : coté en bourse
- Collaborateurs : plus de 657 000
- Président du conseil d’administration : John Connolly
- CEO : Nick Buckles
- Site Internet : www.g4s.com
Comportement irresponsable
Prisonniers palestiniens : G4S participe à l’occupation israélienne des Territoires palestiniens dans la mesure où l’entreprise met à la disposition de l’occupant des équipements de sécurité et du personnel qui sont déployés dans des checkpoints et des colonisations illégales ; elle contribue également au maintien du système pénitentiaire israélien, dont elle profite pleinement. Lors de leur arrestation puis pendant leur détention, les prisonniers politiques palestiniens doivent s’attendre à être systématiquement torturés et maltraités par l’armée israélienne. En outre, il n’est pas rare que tout contact avec leur famille et avec un avocat leur soit refusé, sans motif.
En 2007, la filiale israélienne de G4S et l’autorité pénitentiaire israélienne ont conclu un contrat de fourniture et de mise en service portant sur des systèmes de sécurité destinés à être installés dans des prisons importantes. G4S est responsable de la sécurité dans les prisons de Ketziot et de Megiddo, sur sol israélien, où sont détenus des prisonniers politiques palestiniens provenant des territoires occupés. La société équipe par ailleurs la prison de haute sécurité d’Ofer, en Cisjordanie, ainsi que les centres de détention de Kishon et de Moskobiyyeh, trois lieux signalés par plusieurs organisations de défense des droits humains pour la torture et les mauvais traitements systématiques qui y sont infligés aux prisonniers palestiniens, y compris à des enfants. G4S fournit en outre des services de sécurité dans différentes prisons où des détenus palestiniens sont régulièrement torturés et maltraités. Dans la prison d’Al Jalame, par exemple, des enfants sont enfermés en cellule d’isolement pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines.
L’article 76 de la 4e Convention de Genève interdit théoriquement à Israël de transférer des prisonniers palestiniens des territoires occupés jusque sur le sol israélien. Pourtant, les prisons qui s’y trouvent regorgent de plusieurs milliers de ces prisonniers transférés illégalement. Les prestations de service rendues par G4S rendent donc la société activement complice de ces atteintes au droit international.
L’implication de G4S dans le régime israélien d’apartheid et de colonisation ne s’arrête cependant pas là : d’une part, la société a fourni du matériel et des services pour des checkpoints israéliens en Cisjordanie, lesquels font partie intégrante du mur construit illégalement par Israël, ainsi que pour les terminaux qui coupent la bande de Gaza du reste du monde. De l’autre, elle a honoré divers contrats privés de livraison de matériel et de prestations de services conclus avec la police israélienne en Cisjordanie et avec diverses sociétés privées.
Armée privée : aux yeux de Nick Buckles, CEO de G4S, ce type d’environnement à hauts risques représente en premier lieu des opportunités en termes de chiffre d’affaires. Il a d’ailleurs confirmé que son entreprise avait récemment convenu avec des sociétés pétrolières et gazières d’entreprendre des travaux préparatoires en vue de contrats en Irak. Pas plus tard que le mois dernier, G4S a également prolongé son contrat avec l’Afghanistan, un marché qui devrait lui rapporter quelque 72 millions de £.
En août 2009, l’ancien soldat Danny Fitzsimons a été engagé dans l’ArmorGroup (G4S) puis envoyé en Irak sans avoir été soumis à un examen médical approfondi. Selon un diagnostic datant de mai 2008, Danny souffrait pourtant d’un trouble de stress post-traumatique suite à divers événements terribles dont il avait été témoin au cours de sa carrière militaire et dans sa vie privée. 36 heures après son arrivée en Irak, il abattait deux de ses collègues, si bien qu’il purge désormais une peine d’incarcération de vingt ans dans une prison locale.
Centres de détention pour immigrés : G4S est par ailleurs directement impliqué dans l’administration des centres de détention britanniques, notamment en ce qui concerne l’exécution des expulsions ordonnées par le ministère de l’Intérieur. En octobre 2010, Jimmy Mubenga est décédé au cours de son renvoi vers l’Angola, victime des violences des agents de G4S en charge de cette opération. En dépit de cela, le procureur de la Couronne a décidé en juillet dernier de ne pas porter plainte contre la société G4S ni contre ses employés. « Nous ne comprenons pas comment les officiers responsables et G4S puissent ne pas avoir à répondre de leurs actes devant la loi comme devrait le faire n’importe quel autre membre de la communauté publique » a déclaré l’épouse de Jimmy Mubenga en réaction à cette décision.
Divers rapports font en outre régulièrement état de l’emploi d’insultes racistes par le personnel de sécurité des centres de détention. Pour autant, il est notoire que la procédure de dépôt de plainte pour voie de fait est complexe et n’est pas menée de manière indépendante et que les preuves de tels actes sont dissimulées parce que la police ne semble pas prendre ces rapports au sérieux.
Conditions de travail déplorables : le modèle d’externalisation de la société est dirigé par la volonté de réduire les coûts au maximum, or il est bien connu que la solution la plus simple est d’économiser sur le personnel. En Grande-Bretagne, des plaintes ont été déposées contre des centres de détention gérés par G4S pour cause de personnel insuffisant, au point que certains immigrés retenus dans ces centres manquent des visites médicales ou des convocations au tribunal, faute d’accompagnement. Par ailleurs, des informateurs ont accusé la société de ne dispenser qu’une formation incomplète aux agents de sécurité chargés d’accompagner les nombreux réfugiés qui sont reconduits dans leur pays à bord de charters spécialement affrétés à cet effet.
Plus la société s’étend sur les marchés des pays en voie de développement ou en transition, plus l’écart se creuse entre le salaire de la majorité de ses employés et celui de leurs dirigeants au Royaume-Uni. Partant, des agents de sécurité se sont d’ailleurs mis en grève il y a peu au Népal et en Corée du Sud afin de protester contre le niveau scandaleusement bas des salaires concédés par G4S, tandis qu’une enquête menée par le MalawiSunday Times soulevait la question de savoir à quels mécanismes de survie les employés de cette société et leurs familles étaient contraints de recourir afin de joindre les deux bouts avec aussi peu d’argent.
Conséquences
G4S est un acteur clé de l’évolution actuelle selon laquelle un nombre croissant de fonctions étatiques sont transférées à des sociétés privées ; or, cette tendance est dangereuse et favorise l’irresponsabilité générale. Comme le faisait justement remarquer un observateur américain, cette évolution transforme « chaque prisonnier en objet de profit et chaque immigrant en source de bénéfice potentiel ». D’un point de vue plus global, on observe avant tout une privatisation de la guerre et une externalisation des fonctions régaliennes, et ce en l’absence de règles claires et de contrôle démocratique. G4S est ainsi envoyé dans les zones de conflit en lieu et place des unités officielles de l’armée de terre britannique. Dès lors, privatiser la guerre revient à permettre à cette société de profiter des conflits et de l’instabilité politique, au prix de la sécurité et du respect des droits de l’homme dans le monde entier.
Situation actuelle et revendications
Malgré des centaines d’accusations concernant des atteintes aux droits de l’homme commises dans divers conflits de par le monde, les sociétés de sécurité telles que G4S ne sont pour la plupart pas inquiétées et ne font l’objet d’aucune régulation. War on Want estime qu’il est grand temps de remédier à cela et d’établir un contrôle sur le pouvoir de cette industrie opaque. Au lieu de déléguer à des sociétés telles que G4S le soin mener des combats qui sont en réalité de leur ressort, les gouvernements doivent enfin mettre un terme à la privatisation de la guerre et poursuivre en justice ces entreprises de sécurité criminelles.
NOMINÉE ET SOUTENU PAR (LISTE INCOMPLÈTE)
War On Want, www.waronwant.org
Boykot G4S, boykotg4s.wordpress.com
Boycot Isreal Network, www.boycottisraelnetwork.net
Corporate Watch UK, www.corporatewatch.org.uk
Jews for Justice for Palestinians, www.jfjfp.com
Palestine Solidarity Campaign (UK), www.palestinecampaign.org
Pour plus d’informations
http://www.addameer.org/files/Brochures/addameer-palestinian-political-prisoners-brochure-2010.pdf
http://whoprofits.org/sites/default/files/WhoProfits-PrivateSecurity-G4S.pdf
http://www.bdsmovement.net/2012/prisoners-day-g4s-call-8887