Nominé pour le Public Eye People’s Award 2013
par Groundwork / Friends of the Earth South Africa, www.groundwork.org.za
En bref
Quand le platine mène à l’ivresse meurtrière : les dirigeants de Lonmin, troisième plus grand groupe minier mondial, ont exigé du ministère des Mines de prendre « toutes les mesures nécessaires » à l’encontre des mineurs grévistes de Marikana, si besoin avec l’aide de la police ou de l’armée. 34 manifestants ont été tués par balles par la police peu de temps après, 78 autres sévèrement blessés, 10 autres sont mortes pendant les protestations. Beaucoup avaient décidé de se rendre dès les premiers tirs de balles en caoutchouc par la police, avant d’être massacrés. Les policiers ont tiré à balles réelles sur les manifestants, sans prévenir. Le lendemain du massacre, Lonmin a menacé de licenciement tous les mineurs qui continuaient de faire grève. Les travailleurs avaient cessé le travail car la direction refusait toujours de renégocier les salaires bien qu’elle ait été tout à fait au courant des difficultés et des dangers liés aux conditions de travail ainsi que de la pauvreté grandissante qui sévit dans les bidonvilles où vivent les mineurs. Pour beaucoup d’entre eux, leur salaire ne leur suffit pas pour vivre de manière décente. Lonmin ne recule devant rien pour gagner de l’argent sur le dos de la population sud-africaine, en exploitant leur terre.
Lonmin
- Siège principal : Johannesburg, Afrique du Sud
- Branche : industrie minière
- Chiffre d’affaires / Bénéfice : 2 milliards de $ / 311 millions de $
- En possession de : coté en bourse, détenu à 25% par Xstrata, filiale de Anglo American
- Collaborateurs : 28 000
- Président du conseil d’administration : Roger Phillimore
- CEO : Ian Farmer
- Site Internet : www.lonmin.com
Comportement irresponsable
Sue le plan économique, Lonmin est un acteur très puissant qui est loin d’assumer ses responsabilités, que ce soit envers ses travailleurs, la communauté ou l’environnement. Bien au contraire, c’est en toute connaissance de cause que l’entreprise minière continue de perpétuer et même d’exacerber les conditions de vie déplorables dans la région où elle exerce son activité. Lonmin est clairement impliquée dans les fusillades meurtrières et porte une part de responsabilité dans le nombre épouvantable de victimes survenues au cours des manifestations.
Les piqueurs qui travaillent dans les galeries étroites et manient des marteaux-piqueurs de 25 kilos toute la journée dans des conditions d’extrême pénibilité, se sont mis en grève le 10 août 2012 : alors qu’ils ne peuvent même pas se tenir debout dans les galeries pour travailler, ils doivent appuyer de toute leurs forces sur leur outil très lourd pour arriver à percer la roche. Lorsque des accidents surviennent dans la mine, les victimes sont bien souvent des piqueurs. Ils effectuent les tâches les plus dangereuses de tout le secteur minier et gagnent très peu pour vivre en retour.
L’Afrique du Sud est le premier producteur mondial de platine et l’un des plus important producteur d’or. Elle est devenue le pays le plus riche du continent africain ces dernières années. Malgré cela , le pays connaît un taux de chômage de 25%. Les manifestations contre le manque de logements, d’électricité, d’eau courante ou encore contre un système éducatif et des services sanitaires insuffisants sont quasi quotidiennes. Les conditions de vie misérables des mineurs de Lonmin reflètent les inégalités profondes qui continuent d’imprégner cette société 18 ans après la fin de l’apartheid. Leurs bidonvilles sont faits de cabanes délabrées situées sur une plaine poussiéreuse juste en dehors de la mine. Il n’y a ni eau courante ni électricité. C’est tout ce que les mineurs peuvent se permettre avec les salaires dérisoires qu’ils ramène chez eux en travaillant dans la mine située juste à côté.
Lonmin était tout à fait conscient des problèmes et du sentiment de colère au sein de la communauté de mineurs. En 2011 et 2012, les mineurs et toute la communauté de la mine de Lonmin de Marikana ont exprimé leur colère envers l’entreprise en participant à de violentes manifestations. Dans son rapport de 2012 intitulé « Policy Gap 6: Communities in the platinum minefields », la Bench Marks Foundation souligne les points suivants comme sujets de préoccupation :
- santé et sécurité des travailleurs : 3 accidents mortels liés au travail de la mine ont été recensés en 2010, un nombre qui a doublé en janvier 2011. Le nombre de travailleurs contractuels est élevé, un facteur pouvant contribuer aux conditions de travail dangereuses. Les conditions de vie des mineurs sont souvent informelles et les habitations se résument à des cabanes ou à des logements officiels qui se dégradent et sont dépourvus d’infrastructures telles que l’approvisionnement en électricité et des systèmes sanitaires/de traitement des eaux usées appropriés. Celles et ceux qui y vivent, et en particulier les enfants, présentaient des symptômes de maladies chroniques liées aux eaux usées qui se sont déversées pendant 5 ans en dépit des rapports sur la situation établis par les habitants et présentés à Lonmin. Les cas de bilharziose directement imputables au manque de politique de logement mis en place par la mine présentent également un problème pour l’eau en surface dans les cours d’eaux de la région. Les écoles que Lonmin a fait construire dans le passé contiennent de l’amiante et sont toujours utilisées par la communauté à l’heure actuelle. L’entreprise ne les a pas fait remplacer par des bâtiments exempts de produits toxiques ;
- emploi local : en 2011, suite à un désaccord syndical qui a vu des mineurs cesser le travail sans autorisation, Lonmin a renvoyé 9000 de ses employés pour avoir perturbé l’activité de production de platine. Ces ex-employés ont également perdu leur logement. Les gens ont le sentiment que Lonmin n’emploie pas une majorité de personnes issues de la population locale de Marikana. Lonmin a également annulé le projet de création d’une entreprise de fabrication de briques qui aurait pu apporter du travail supplémentaire à la population locale a été annulé, jugeant le projet irréalisable ;
- le projet de responsabilité sociale des entreprises : le projet hydroponique de plusieurs millions de rands qui faisait vivre 120 personnes s’est vite effondré. L’entreprise dit consacrer des sommes d’argent colossales dans des investissements sociaux et la responsabilité sociale d’entreprise mais la communauté n’en voit pas beaucoup les retombées.
Conséquences
La mine achète un nombre croissant de terres agricoles productives pour ses activités. Les paysans se retrouvent souvent isolés et voient la valeur de leur terre diminuer à mesure que les mines et bassins de boue se développent. Les terres abandonnées par Lonmin sont laissées inoccupées et en friche. Le nombre croissant de bassins de boue en construction ont des effets dévastateurs sur l’eau en surface. Lonmin et deux autres entreprises minières détiennent 90% du barrage de Buffelspoort pourtant destiné à l’activité agricole. La rivière Sterkstroom a subi une pollution importante suite à des systèmes de gestion de l’eau inadaptés, la présence de bassins de boue et des systèmes d’épuration en amont qui ne fonctionnent pas. Les camps de squatteurs prennent possession des terres improductives, créant un afflux de population et mettant ainsi les infrastructures de la région sous pression. Les problèmes sociaux tels que la criminalité, la prostitution, la désintégration du tissu social et les maladies transmissibles (tuberculose, VIH/SIDA) sont en forte progression dans la région. La mine verse une indemnité aux mineurs qui dorment dehors pour qu’ils trouvent un logement « décent » mais au lieu de cela il vivent dans des cabanes et envoient le reste de l’argent à leurs familles ou bien l’utilisent pour se divertir. Le principe du « consentement libre, préalable et éclairé » est largement bafoué ou entravé, et Lonmin emploie un nombre impressionnant de consultants avertis pour entreprendre des EIE (études d’impact environnemental), des SLP (Social Labour Plan) et autres études de faisabilité dont les paysans et autres parties concernées ne connaissent souvent pas l’existence. Les EIE menées pour certains projets ont été contestées par l’entreprise et ne forment pas la population à un développement plus durable de la région.
Situation actuelle et revendications envers l’entreprise
Lonmin doit augmenter le salaire minimum mensuel des travailleurs de la mine de platine d’Afrique du Sud jusqu’à un niveau permettant aux mineurs de vivre décemment ! Il incombe également au troisième plus grand producteur mondial de platine d’assumer ses responsabilités envers ses travailleurs, la communauté et l’environnement.
Pour plus d’informations
The brutal history of South Africa’s Platinum Industry – Gavin Capps (Amandla!)
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Mine violence a trend in the platinum belt – Lisa Steyn (The Mail and Guardian)
http://mg.co.za/article/2012-08-31-mine-violence-a-trend-in-platinum-belt
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Dashiki dialogues: Living lessons from Lonmin – Percy Mabandu (The City Press)
http://www.citypress.co.za/Columnists/Dashiki-Dialogues-Living-Lessons-From-Lonmin-20120825
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The irony of Lonmin – an award-winning sustainable investment – Maximilian Puchulik (The Daily Maverick)
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Yawning gap between Lonmin and communities – Faranaaz Parker (The Mail and Guardian)
http://mg.co.za/article/2012-08-30-yawning-gap-between-lonmin-and-communities
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Policy Gap 6: Communities in the platinum minefields – The Bench Marks Foundation (rapport pdf)
http://www.bench-marks.org.za/research/rustenburg_review_policy_gap_final_aug_2012.pdf
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What the Marikana massacre tells us – Shawn Hattingh (The Anarchist News)
http://anarchistnews.org/content/what-marikana-massacre-tells-us