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La campagne internationale « Public Eye on Davos » a été lancée à l’automne 1999 par la Déclaration de Berne (qui a changé de nom en 2016 pour « Public Eye »), dans le but d’apporter un regard critique sur les activités du Forum Economique Mondial (WEF) et d’opposer aux recettes néolibérales de ses membres des alternatives économiques respectueuses de l’environnement et socialement responsable.

Davantage de transparence et une participation plus représentative au WEF : telles étaient les revendications au centre de cette première édition intitulée « Qui gouverne le monde ? », en janvier 2000. Deux représentants du WEF avaient été invités. Toutefois, il s’est rapidement avéré que des discussions avec le WEF ne seraient pas fructueuses, et qu’une présence au sein même du Forum ne permettrait pas aux ONG d’interpeller les participants et de promouvoir un changement de mentalité. Il fallait par conséquent organiser une conférence à la portée internationale, accessible à tous, ayant lieu en même temps que le WEF et à Davos également. Il devenait ainsi possible de mettre en lumière la participation très inégalitaire au WEF, qui réunit essentiellement des représentants des milieux économiques, au détriment des responsables politiques et de la société civile. Une conférence parallèle permettait également de dénoncer les conséquences négatives de la libéralisation des secteurs financiers et commerciaux prônée par les membres du WEF.

En janvier 2001 a eu lieu la première conférence alternative « Public Eye on Davos ». A cette occasion, des représentants et représentantes d’ONG ainsi que des scientifiques du monde entier ont exprimé leurs critiques envers la globalisation à sens unique et ses conséquences pour l’environnement et la société. La recherche d’alternatives pour une économie juste et durable était par ailleurs au cœur des discussions.

Les trois années suivantes, la conférence a eu lieu en marge du WEF. Elle a même suivi le Forum lorsque celui-ci s’est tenu à New York en 2002. Le bilan de cette édition était très positif : plus de 1500 personnes sont venues écouter la quarantaine d’intervenants, parmi lesquels Kaspar Villiger, Président de la Confédération helvétique alors en fonction.

De la conférence aux prix de la honte

L’année 2005 a marqué un tournant dans l’histoire de la campagne Public Eye on Davos. Suite à la création d’un « forum ouvert » en réaction aux critiques relatives à l’opacité et à la non-représentativité du WEF, il semblait superflu de maintenir une conférence supplémentaire. L’idée d’une contre-manifestation au WEF avait par ailleurs pris corps avec le Forum social mondial, créé en 2001. Il fallait donc s’adapter pour conserver un certain intérêt médiatique et surtout s’affirmer comme un acteur crédible dans ses critiques à l’égard du WEF.

La remise d’un prix à la pire entreprise de l’année, dont le PDG promettait peut-être au même moment de résoudre les problèmes du monde dans les salles feutrées du WEF, a marqué une nouvelle étape dans le développement du contre-sommet. Les « Public Eye Awards » étaient nés. Dès leur création, ils se sont voulus transparents et participatifs : ce serait au public de désigner chaque année l’un des deux « lauréats », le second étant élu par le jury.

23 entreprises se sont vues décerner un Public Eye Award – ou même plusieurs. La remise des prix a quant à elle évolué. A partir de 2009, la Déclaration de Berne a remis les Public Eye Awards en collaboration avec Greenpeace Suisse, et a ainsi pu toucher un public encore plus large. D’une cérémonie caricaturale du WEF, avec son lot de célébrités, elle est devenue une conférence de presse politique qui a su retenir l’attention des médias grâce à la présence d’orateurs et oratrices de qualité. Outre les nombreux représentants et représentantes de la société civile et les victimes des pratiques irresponsables des multinationales, le contre-sommet a accueilli des personnalités de renom comme Oskar Lafontaine, Mary Robinson, John Ruggie ou encore Joseph Stiglitz.

Après seize éditions et dix remises de prix, nous avons tiré le bilan final de cette campagne et décerné en janvier 2015 un ultime prix de la honte. A partir de la liste des anciens lauréats, notre jury d'experts avait sélectionné six candidats au « Public Eye Lifetime Award ». C’est finalement à l’entreprise pétrolière Chevron qu’est revenu le triste honneur de se voir décerner le prix de la honte superlatif, pour son refus d’assumer ses responsabilités dans l’une des catastrophes écologiques les plus graves de l’histoire.

La Déclaration de Berne (aujourd’hui Public Eye) poursuit désormais son engagement pour une plus grande justice sociale et écologique dans l’arène politique. En avril 2015, elle a lancé l’initiative pour des multinationales responsables, au sein d’une vaste coalition d’ONG. Celle-ci vise l’établissement de normes juridiquement contraignantes pour que les entreprises suisses respectent les droits humains et les standards environnementaux partout dans le monde.