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Lancé en 2000 comme un contre-sommet critique au Forum économique mondial (WEF) de Davos, le « Public Eye on Davos » et ses prix de la honte ont été, durant plusieurs années, une redoutable campagne en ligne de portée internationale.

Jusqu'à sa dernière édition en 2015, la campagne a dénoncé les pratiques irresponsables des entreprises et a offert à la société civile une tribune pour attirer l’attention de l’opinion publique et des médias sur des cas concrets de violations de droits humains, de mauvaises conditions de travail, d’atteintes à l’environnement et de corruption. Décernés de 2005 à 2015, les Public Eye Awards rappelaient aux acteurs de l’économie mondiale, dont beaucoup sont des habitués du WEF, que faire des affaires dans le mépris des droits humains et de l’environnement a des conséquences néfastes, non seulement pour les populations touchées, mais aussi pour la réputation de leur propre entreprise.

Les Public Eye Awards avaient pour mission de contribuer à une plus grande justice sociale et écologique. Ils ont mis en évidence la nécessité d’établir des mesures efficaces et contraignantes pour que les entreprises se montrent plus responsables. De telles mesures sont indispensables pour mettre un terme à l’impunité dont bénéficient les multinationales qui méprisent les droits humains et l’environnement. Chaque entreprise devrait rendre des comptes, dans le pays où elle a son siège, quant aux conséquences néfastes de ses activités partout dans le monde.

Après seize éditions et dix remises de prix, nous avons tiré le bilan final de cette campagne et décerné en janvier 2015 un dernier prix de la honte, dans une nouvelle catégorie: le «Public Eye Lifetime Award».

Le jury

Le jury des Public Eye Awards était composé d’éthiciens de l’économie et d’experts des droits humains et de l’environnement de renommée internationale. Les membres du jury désignaient les lauréats du Prix du jury et sélectionnait les cas les plus représentatifs pour le Prix du public. Pour évaluer les cas proposés par les organisations dénonciatrices, le jury tenait compte d’un certain nombre de critère: la validité et la substance des allégations, la portée et l’actualité des pratiques dénoncées, ainsi que les réactions des firmes à leur nomination.

Pour les derniers Public Eye Awards en janvier 2015, le jury avait sélectionné six candidats au «Public Eye Lifetime Award» à partir de la liste des anciens lauréats. L’ultime prix de la honte a été attribué en fonction du vote des internautes à l’entreprise pétrolière Chevron. Près de 64'000 personnes ont participé à ce dernier vote en ligne.

Les grandes réussites de la campagne

Saluée par l’opinion publique comme un contrepoint critique nécessaire au Forum économique mondial (WEF), qualifié de « risque de réputation numéro 1 » par les agences de notation indépendantes sur la durabilité, et souvent présenté comme un exemple redoutable de campagne par les journalistes, la campagne Public Eye on Davos a marqué le discours sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, par ses actions à Davos et à New York ainsi que par son fameux vote en ligne.

En dénonçant des cas concrets de violations de droits humains et d’atteintes à l’environnement par des multinationales, la campagne a offert une tribune aux campagnes des ONG, contribuant ainsi à faire entendre la voix des victimes. Les revendications de la société civile pour une politique économique et des pratiques d’affaires plus transparentes, socialement durables, équitables et respectueuses de l’environnement ont pu être entendues sur la scène internationale.

Les 500 000 votes en ligne et l’écho médiatique mondial des Public Eye Awards ont contribué, à leur échelle, à l’émergence d’une réelle pression politique. Plusieurs entreprises (distinguées par un prix de la honte ou tout simplement nominées), ainsi que des gouvernements et des instituts financiers ont réagi aux Public Eye Awards en prenant des mesures en faveur des droits humains et de l’environnement :

  • La banque britannique Barclays, qui avait reçu le Prix du jury en 2012, a fait savoir en 2013 qu’elle mettait un terme à ses activités spéculatives sur les denrées alimentaires. Raison invoquée: le risque pour l’entreprise en termes de réputation était devenu trop important.
  • Nominé en 2013, le groupe énergétique suisse Repower projetait de construire une centrale à charbon dans la Calabre italienne, en dépit des oppositions de la population locale. Le projet a finalement été abandonné en raison du manque de soutien public. L’attention médiatique a également renforcé la campagne lancée contre ce chantier. Aux Grisons, elle a contribué à l’acceptation, par une faible majorité, d’une initiative cantonale pour une énergie propre sans charbon.
  • L’entreprise minière sud-africaine AngloGold Ashanti a reçu en 2011 le Prix du jury pour ses atteintes aux droits humains et à l’environnement dans le cadre de ses activités d’extraction d’or au Ghana. La firme a également plié sous la pression de l’opinion publique et de ses investisseurs. Face aux critiques, le gouvernement norvégien, qui détenait des parts de la société dans son fonds souverain, a ouvert une enquête, poussant l’entreprise à reprendre les négociations avec les communautés touchées, et à les dédommager pour les torts qu’elle avait causés.
  • En 2010, Roche réalisait un doublé en remportant à la fois le Prix du jury et celui du public. En cause: les essais cliniques fondamentalement contraires à l’éthique effectués par le géant pharmaceutique suisse en Chine. L’écho médiatique fut tel que Triodos, la plus grande banque durable au monde, a retiré l’entreprise de son portefeuille d’investissements responsables. Justification : les essais cliniques étaient jugés inacceptables et ne satisfaisaient pas les standards éthiques requis par la banque en matière de droits humains.

Dans certains cas, ce sont d’autres acteurs qui ont permis de mettre un terme aux pratiques commerciales irresponsables des entreprises nominées aux Public Eye Awards. L’entreprise pharmaceutique suisse Novartis avait reçu le Prix du jury en 2007 pour ses tentatives acharnées visant à limiter l’accès à un générique en Inde. L’octroi d’un brevet pour son médicament anticancéreux Glivec aurait entravé l’accès à un traitement efficace pour de très nombreux patients défavorisés, qui n’auraient pu supporter les coûts très élevés. Après sept ans d’acharnement judiciaire, Novartis a perdu son ultime recours auprès de la Cour suprême indienne en avril 2013. La société bâloise n’obtiendra pas de brevet en Inde pour le Glivec. Un succès pour les organisations dénonciatrices comme pour les victimes, qui montre que l’accès aux médicaments doit primer sur les intérêts économiques des entreprises.

La Déclaration de Berne (aujourd’hui Public Eye) poursuit désormais son engagement pour une plus grande justice sociale et écologique dans l’arène politique. En avril 2015, elle a lancé l’initiative pour des multinationales responsables, au sein d’une vaste coalition d’ONG. Celle-ci vise l’établissement de normes juridiquement contraignantes pour que les entreprises suisses respectent les droits humains et les standards environnementaux partout dans le monde.