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La DB déplore la décision du Conseil fédéral concernant le barrage d'Ilisu

le 15 décembre 2006

Lausanne, 15.12.2006 - En annonçant la décision du Conseil fédéral d'accorder la garantie contre les risques à l'exportation, le Département fédéral de l'économique publique présente le projet de barrage dans le sud-est anatolien comme s'il posait seulement des problèmes environnementaux. Pourtant, le sort de 55'000 personnes et la disparition de témoins de toute une époque de la culture mésopotamienne sont également en jeu.

Le Conseil fédéral a donné aujourd'hui son accord de principe, assorti de plus d'une centaine de conditions, pour une garantie contre les risques à l'exportation (GRE) dans le cadre du gigantesque projet de barrage d'Ilisu, dans le sud-est de la Turquie. Ce dernier créerait une retenue de 130 kilomètres sur le Tigre, à proximité de la frontière avec la Syrie et l'Irak. Dès le dépôt de la demande de garantie, la Déclaration de Berne avait émis de nombreuses réserves sur ce projet, notamment en raison du déplacement de 55'000 personnes, de la disparition de vestiges vieux de 5000 ans, de la destruction de zones humides uniques et des problèmes politiques posés par la fermeture du Tigre pour les pays situés en aval.

La Déclaration de Berne regrette qu'une décision positive ait été prise malgré l'absence de moyens et de planification pour atténuer les dégâts. «La centaine de conditions montre à quel point le projet d'Ilisu est encore loin des exigences posées par la Banque mondiale et l'OCDE» constate Christine Eberlein de la Déclaration de Berne. Elle est d'autant plus sceptique que tous les experts disent que les terres disponibles ne suffiront pas à reloger les personnes déplacées et que la Turquie ne dispose que de l'équivalent de 100 millions de francs par année. Pour la réinstallation seulement, il faudrait déjà un milliard de francs.

«La Turquie n'a encore montré aucune disponibilité pour prendre les mesures nécessaires à la mise en œuvre des conditions formulées. De plus, le cadre juridique pour la protection des personnes et de l'environnement manque», constate Christine Eberlein. C'est pourquoi la Déclaration de Berne va continuer de suivre le dossier de près et demande un siège dans le comité d'experts indépendants annoncé.

L'implication de la population concernée dans la planification et la réalisation des projets est une exigence fondamentale de la Banque mondiale. La population locale doit également pouvoir bénéficier de l'énergie produite. «C'est un scandale que ce sujet ne soit pas abordé en Turquie et que la population ne puisse pas se prononcer sur les améliorations annoncées», proteste Ercan Ayboga de l'initiative locale «Laissez vivre Hasankeyf». La Déclaration de Berne craint que l'approbation conditionnée de la GRE ne soit qu'un miroir aux alouettes et qu'une fois la construction commencée on ne puisse plus la retirer. C'est pourquoi elle demande que la Suisse publie l'ensemble des conditions posées et que la Turquie initie un véritable dialogue avec les personnes concernées et qu'elle consulte les Etats riverains. Le Conseil fédéral doit tenir parole et n'octroyer les garanties définitives qu'une fois tous les standards de la Banque mondiale appliqués.

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