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Restitution des fonds Abacha: des ONG suisses et nigérianes demandent des garanties

Lausanne, le 7 mars 2016

La Suisse s’apprête à restituer au Nigéria 321 millions de dollars confisqués au clan de l’ex-dictateur Sani Abacha. Dans une lettre ouverte, des ONG helvétiques et nigérianes demandent aux autorités de ces deux pays ainsi qu’à la Banque mondiale de prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir que ces fonds soient rendus de manière transparente et au bénéfice de la population spoliée. Il faut éviter que ces sommes ne disparaissent dans la nature, à l’image des fonds restitués récemment par le Liechtenstein.

En visite demain à Abuja, le conseiller fédéral Didier Burkhalter rencontrera le président nigérian Muhammadu Buhari ainsi que le ministre des affaires étrangères afin d’évoquer la restitution par la Suisse de 321 millions de dollars confisqués au clan Abacha. Celle-ci fait suite à l’accord confidentiel conclu en 2014 entre les autorités nigérianes et la famille Abacha. Cet accord controversé avait été avalisé par le Ministère public genevois, ce qui avait enterré définitivement les poursuites pénales à l’encontre du fils du dictateur Sani Abacha, soupçonné d’avoir blanchi le butin de son père.

En Suisse comme au Nigéria, la société civile redoute que cet argent soit à nouveau détourné. Dans une lettre ouverte envoyée aux autorités de ces deux pays, ainsi qu’à la Banque mondiale, une coalition d’organisations demande que des dispositions soient prises afin de garantir que ces fonds servent bien à financer des projets destinés à améliorer les conditions de vie de la population nigériane. Il est impératif qu’ils soient affectés selon un processus transparent, impliquant les ONG suisses et nigérianes. Les versements doivent par ailleurs être effectués par étape et conditionnés à la vérification du bon usage des sommes restituées. Le monitoring mis en place par la Banque mondiale doit permettre de s’en assurer.

L’exemple récent du Liechtenstein montre bien les dangers liés à une telle restitution, si celle-ci n’est pas menée avec la plus grande précaution. Destinés par l’ancien président Goodluck Jonathan à l’achat d’armes pour lutter contre le groupe terroriste Boko Haram, les 235 millions de dollars rendus par la Principauté auraient été détournés. Au Nigéria, où les réactions sont vives, un jugement rendu en février par la Haute Cour fédérale de Lagos enjoint le nouveau président Buhari de rendre compte de l’usage de l’ensemble des avoirs restitués.

En 2005 déjà, la Suisse avait rendu près d’un milliard de francs saisis sur les comptes du Général Abacha et de son entourage. Cette première restitution, d’une ampleur jusqu’alors inédite, avait été très problématique. Il n’avait pas été possible de vérifier la destination de près de la moitié des fonds restitués au Nigéria, simplement versés sur les comptes de l’Etat. A postériori, la Banque mondiale avait admis qu’une part substantielle de cet argent avait été consacrée à des projets inexistants, ou déjà terminés. Les autorités helvétiques comme la Banque mondiale assurent avoir tiré les leçons de ce cas d’école. A elles désormais de le prouver.

Plus d’informations sur les fonds du clan Abacha ici ou auprès de:

Olivier Longchamp, Déclaration de Berne, +41 21 620 03 09, longchamp[at]ladb.ch

Géraldine Viret, Déclaration de Berne, +41 21 620 03 05, viret[at]ladb.ch

Lettre ouverte: restitution des fonds du clan Abacha (PDF, 214 KB)

— Des ONG helvétiques et nigérianes demandent aux autorités de ces deux pays ainsi qu’à la Banque mondiale de prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir que les fonds confisqués au clan de Sani Abacha soient rendus de manière transparente et au bénéfice de la population spoliée.

Open Letter: Repatriation of Abacha loot (PDF, 286 KB)

— La version anglaise de la lettre ouverte adressée aux autorités helvétiques et nigérianes ainsi qu'à la Banque mondiale.

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