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Salaires de misère chez les fournisseurs d’H&M: les ouvrières en Bulgarie gagnent, sans heures supplémentaires, moins de 10% du salaire vital

Lausanne/Zurich, le 25 septembre 2018

Une nouvelle enquête menée par Public Eye et la Campagne Clean Clothes auprès de six usines qui produisent pour H&M révèle de graves abus. Chez Koush Moda, un important fournisseur du géant suédois en Bulgarie, les ouvriers et les ouvrières sont contraints de travailler douze heures par jour, sept jours par semaine, pour toucher le salaire minimum légal, à peine au-dessus du seuil de pauvreté.

L'enquête menée par Public Eye et la Campagne Clean Clothes auprès de six usines qui produisent pour H&M révèle de graves abus.

Entre mars et juin 2018, plus de 60 ouvriers et ouvrières en Bulgarie, en Inde, au Cambodge et en Turquie ont été interrogés sur leur salaire et leurs conditions de travail. Toutes ces personnes travaillent dans des usines désignées par H&M comme des fournisseurs « Gold » ou « Platinum », soit des fournisseurs importants. En Inde et en Turquie, elles gagnent environ un tiers du salaire vital estimé. Au Cambodge, elles en touchent moins de la moitié. En Bulgarie, les travailleurs et les travailleuses interrogés gagnent, sans heures supplémentaires, moins de 10 % du salaire vital.

En 2017, le géant suédois de la mode a réalisé un bénéfice de 2,6 milliards de dollars. À l’autre bout de la chaîne, les témoignages sont choquants :

Les salaires sont si bas qu’on est obligé de faire des heures supplémentaires pour pouvoir au moins couvrir nos besoins de base

raconte un ouvrier indien*. Dans trois des six usines visitées, les heures supplémentaires dépassent fréquemment la limite fixée par la loi. Travailler le dimanche est par ailleurs une pratique courante chez tous les fournisseurs en question.

On entre dans l’usine à 8h du matin, mais on ne sait jamais quand on pourra s’en aller

explique une couturière bulgare employée dans l’usine Koush Moda. Chez ce fournisseur « Gold » d’H&M, le salaire pour un horaire de travail régulier est inférieur au salaire minimum légal et se situe en-dessous du seuil de pauvreté.

En raison des salaires de misère, des heures supplémentaires excessives et du fardeau supplémentaire que représentent les tâches domestiques, les ouvriers et les ouvrières souffrent souvent de malnutrition et d’épuisement. En Inde, un tiers des personnes interrogées se sont déjà évanouies au travail ; deux tiers au Cambodge. Une ouvrière indienne a même raconté être tombée sur une machine et avoir dû être hospitalisée en raison d'une hémorragie interne.

Ces interviews ont été menées dans le cadre de la campagne internationale « Turn Around H&M », qui dénonce les fausses promesses du géant de la « mode éphémère ». En 2013, H&M annonçait fièrement la mise en œuvre d’un système destiné à assurer, d’ici à 2018, le versement d’un salaire équitable et vital au personnel de ses principaux fournisseurs. Quelque 850 000 ouvriers et ouvrières devaient en profiter. Les résultats de notre enquête auprès de six d’entre eux dépeignent une toute autre réalité.

Avec la Campagne Clean Clothes, Public Eye demande à H&M d’assumer enfin ses responsabilités. Au-delà des effets d’annonce et des beaux slogans publicitaires, la firme doit prendre des mesures concrètes pour garantir le versement d’un salaire vital sur sa chaîne d’approvisionnement. Pour cela, la firme doit se doter d’un plan d’action contraignant, avec des objectifs, des montants et des délais clairement définis.

Plus d’informations ici (PDF, 1.7 MB)ou auprès de :

*Afin de protéger les ouvriers et les ouvrières de possibles représailles, toutes les sources ont été anonymisées.

Salaire vital :

La définition proposée par la CCC est conforme aux conventions 95 et 131 de l’OIT, aux recommandations 131 et 135 de l’OIT et à l’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « tout salaire ou toute allocation versé(e) en contrepartie d’un travail standard doit au minimum correspondre au salaire minimum légal ou pratiqué dans un secteur donné, et doit toujours suffire au travailleur à subvenir à ses besoins élémentaires et à ceux de sa famille, tout en lui laissant une part de revenu discrétionnaire. »

 

 

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