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Lausanne/Zurich, le 16 novembre 2016

Les Guaranis qui ont découvert les propriétés édulcorantes de la stévia ne profitent pas de ses retombées commerciales, contrairement à ce qu’exigent la Convention sur la diversité biologique et le Protocole de Nagoya. Alors que ces peuples autochtones revendiquent leurs droits, l’entreprise bâloise Evolva se dit prête à négocier un accord avec les Guaranis. De son côté, Nestlé soutient le principe du partage des bénéfices, sans toutefois prendre d’engagement concret à ce stade. Coca-Cola, qui figure parmi les principaux utilisateurs de glycosides de stéviol au monde, refuse toujours d’entrer en matière sur un tel accord. Une pétition a été lancée afin d’inciter le géant américain à mettre un terme à ses pratiques de biopiraterie.

Luis Vera En juin 2016, les peuples guaranis Paî Tavyterâ et Kaiowa se sont réunis pour exiger ensemble le respect de leurs droits.

Il y a une année, Public Eye, Pro Stévia Suisse et une coalition internationale d’ONG et d’instituts scientifiques révélaient la face cachée (PDF, 4.9 MB) du boom des édulcorants dérivés de la stévia. Elles demandaient notamment aux entreprises utilisant ou produisant des édulcorants dérivés de la stévia (glycosides de stéviol) d’engager des négociations avec les Guaranis autour d’un accord de partage juste et équitable des bénéfices. Depuis, les peuples Pai Tavytera et Kaiowa, qui vivent à la frontière entre le Paraguay et le Brésil, s’organisent pour faire valoir leurs droits. Dans une déclaration commune, ils ont dénoncé « les multinationales qui tirent profit de [leur] savoir et [leur] biodiversité » et demandé aux entreprises concernées de s’asseoir à la table des négociations.

Un rapport (PDF, 2.1 MB) publié aujourd’hui par Public Eye et ses partenaires relate leur combat et fait le point sur la position des entreprises. Parmi les sociétés suisses interpellées, certaines semblent vouloir assumer leurs responsabilités. C’est le cas notamment d’Evolva. L’entreprise bâloise, en partenariat avec Cargill pour produire des glycosides de stéviol par biologie de synthèse, a indiqué qu’elle « serait prête à mener des discussions relatives au partage des avantages avec les Guaranis ». De son côté, Nestlé affirme soutenir pleinement ce principe et « évaluer actuellement la possibilité de s’engager davantage ». Les géants américains Unilever et Coca-Cola refusent quant à eux d’entrer en matière sur un éventuel accord. Des discussions sont toujours en cours avec d’autres entreprises aux niveaux suisse et international.

Public Eye a également questionné les entreprises sur le marketing trompeur dont font souvent l’objet les produits contenant des glycosides de stéviol. Au niveau suisse, les premiers résultats sont encourageants : plusieurs sociétés, comme Bernain et Henniez, ont renoncé à l’utilisation des qualificatifs « naturel », « extrait de stévia » ou « édulcoré avec de la stévia » ainsi qu’aux illustrations de feuilles de stévia dans leurs publicités et sur les étiquettes. Autre point sensible : la plupart des entreprises ont indiqué ne pas être intéressées à ce stade par le recours à la biologie de synthèse, dont l’utilisation menace les moyens de subsistance de millions de paysans. Elles affirment toutefois vouloir informer les consommateurs de manière transparente, le cas échéant.

Coca-Cola, qui fait partie des principaux utilisateurs de glycosides de stéviol au monde, a éludé la plupart de nos questions et continue d’exploiter l’image des Guaranis afin d’augmenter les ventes de son Coca-Cola Life. C’est pourquoi Public Eye, France Libertés et SumOfUs ont lancé une pétition afin d’inciter le géant de l’agroalimentaire à accepter de négocier un accord de partage des bénéfices avec les Guaranis, et mettre ainsi un terme à ce cas flagrant de biopiraterie.

Plus d’informations ici ou auprès de :

Laurent Gaberell, Agriculture, biodiversité et propriété intellectuelle, Public Eye,  021 620 06 15, laurent.gaberell[at]publiceye.ch

Des photos exclusives de la rencontre des peuples guaranis sont à disposition des médias, sous réserve des droits d’auteur : © Luis Vera

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