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Accord de libre-échange avec la Malaisie: l’huile de palme au cœur de la controverse

Après sept cycles de négociations, l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Malaisie est sur le point d’aboutir. La question controversée de l’huile de palme est encore un obstacle à la signature : la Malaisie veut que les importations de son huile soient exonérées de droits de douane. Or, ce produit étant souvent synonyme de violation des droits humains et des normes environnementales, le monde agricole et les consommateurs et consommatrices ne souhaitent pas que sa présence sur le marché soit encore renforcée. C’est pourquoi une vaste coalition exige que l’huile de palme soit exclue de l’accord de libre-échange. Si la Confédération cède sur ce point, elle irait à l’encontre de la position politique de la Suisse dans différents domaines.

© Bruno Manser Fonds La production d’huile de palme connaît une augmentation fulgurante à travers le monde.

L’huile de palme est aujourd’hui présente dans de nombreux produits de consommation courante, et notamment dans les plats cuisinés, les produits de nettoyage et la cosmétique. Une réduction ou une exonération totale des droits de douane entraînerait une énorme augmentation des importations, et l’huile de palme supplanterait encore plus l’huile de colza, locale et écologique. La Malaisie figure parmi les premiers producteurs d’huile de palme au monde, et la culture des palmiers entraîne le déboisement d’énormes surfaces de forêt tropicale, avec des conséquences désastreuses pour la population et l’environnement. Les plantations demandant toujours plus de terres, les populations de villages entiers sont déplacées de force et de précieux écosystèmes sont irrémédiablement détruits. De plus, les conditions de travail sur les plantations sont marquées par une grande précarité et de fréquentes violations des droits humains.

Face à cette situation, une vaste coalition d’ONG, dont Public Eye, s’oppose à l’exonération de droits de douane pour l’huile de palme dans le cadre de l’accord de libre-échange. Celle-ci aurait non seulement pour conséquence de simplifier l’importation d’un produit contesté à bien des égards, mais elle serait aussi en contradiction avec plusieurs objectifs affichés par le Conseil fédéral et le Parlement, entraînant ainsi des incohérences politiques : 

  • Une politique commerciale qui encourage les violations des droits humains et du droit du travail est inconciliable avec la stratégie en matière de droits humains récemment adoptée par le DFAE, et avec l’engagement international de la Suisse en faveur du respect des droits humains.
  • La stratégie du Conseil fédéral pour le développement durable, qui vise à mettre en œuvre les objectifs de développement durable, vise à encourager un comportement de consommation respectueux de l’environnement et préservant les ressources. La croissance des importations d’huile de palme engendrée par l’exonération des droits de douane irait totalement à l’encontre de cette volonté ainsi que des efforts de santé publique.
  • La Confédération impose au secteur agricole suisse des exigences strictes en matière de durabilité et encourage la production locale de colza. Une politique commerciale menant à la substitution des oléagineux locaux par de l’huile de palme exonérée de droits de douane est en contradiction avec les efforts de politique agraire de la Confédération en faveur d’une agriculture écologique et viable sur le plan économique.
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