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Comme d’autres membres de BSCI, Migros se réfère au code de conduite de l’initiative patronale. Elle fournit des informations complémentaires sur les produits fabriqués avec du coton issu du commerce équitable. Or, celui-ci ne représente qu’une infime partie de son assortiment et ne profite pas nécessairement aux couturières sous-payées dans les usines.

Réponse de Migros aux messages de protestation

Madame, Monsieur

Merci de nous avoir écrit. Nous nous réjouissons de votre engagement en faveur de l’amélioration des conditions de travail à l’échelle de la planète et de l’introduction de salaires couvrant les besoins vitaux. Des conditions de travail tenant compte des réalités sociales sont également tout à fait prépondérantes à nos yeux.

Mais nous considérons votre reproche selon lequel nous n’en faisons pas assez comme injustifié. Depuis 13 ans, Migros ne ménage pas ses efforts pour imposer des standards sociaux auprès de ses fournisseurs. Etant donné qu’une entreprise isolée ne peut pas vraiment faire avancer les choses dans un tel domaine, nous avons participé activement, en 2003, à la mise sur pied de l’initiative dite BSCI (Business Social Compliance Initiative). Dans ce cadre, nous nous mobilisons au côté de plus de 500 autres sociétés commerciales en faveur de conditions de travail équitables dans le monde entier. Le code de conduite BSCI définit ce qu’une entreprise doit faire pour garantir des conditions de travail socialement supportables. Les fournisseurs s’engagent à verser les salaires minimums réglés sur le plan régional ou à verser les salaires usuels dans l’industrie, à régler correctement l’horaire de travail et les heures supplémentaires, à garantir la compensation ou le paiement des heures supplémentaires et à respecter les prestations sociales.

Des contrôles effectués par des entreprises indépendantes doivent montrer si les fournisseurs respectent ce qui a été convenu. Le travail des enfants et le travail forcé ne sont en aucun cas tolérés. A la fin 2009, plus de 90 % de tous les fournisseurs Food et Non-Food de Migros avaient déjà signé le code de conduite en question, s’engageant de cette manière à respecter les règles strictes établies. Près de 1500 partenaires commerciaux de Migros et leurs producteurs se sont jusqu’ici soumis à une auto-évaluation, 800 fournisseurs supplémentaires ont fait l’objet d’un contrôle par une organisation externe.

Les fournisseurs sont aussi incités à verser des salaires garantissant des conditions d’existence convenables. Mais nous ne sommes pas à même d’exiger et de contrôler cet aspect comme les autres exigences car il n’y a pas de définition universellement valable d’un salaire de subsistance, garantissant des conditions d’existence convenables. Nous suivons avec intérêt les efforts des ONG et des organisations internationales – et si un modèle de calcul s’impose, nous mettons dans tous les cas le sujet sur la table à la BSCI.

Comme les clients seuls ne sont pas en mesure d’amener des améliorations substantielles à long terme dans un pays de production, l’initiative BSCI s’investit beaucoup dans la sensibilisation sur place. Elle offre ainsi en permanence des formations aux producteurs. Par ailleurs, elle organise des tables rondes en Asie, en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Des fournisseurs, des ONG et des représentants des autorités et des travailleurs y prennent part.

L’idée de verser 10 centimes de plus pour un vêtement pour améliorer ainsi les conditions de travail est séduisante. Cette approche de commerce équitable (fairtrade) n’est cependant pas réalisable sur le marché mondial car tous les flux financiers, les prestations et les marges devraient être rendus transparents. Ce serait la seule manière de garantir que le supplément de prix revienne bel et bien aux ouvrières et aux ouvriers. Migros s’engage en faveur du commerce équitable et commercialise des textiles en coton biologique certifiés Max-Havelaar pour lesquels le client verse un supplément ristourné au producteur sous la forme d’une prime de commerce équitable.

Nous espérons que ces informations vous seront utiles. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à nous contacter. Nous sommes là pour vous !

Meilleures salutations

Votre M-Infoline

Fédération de coopératives Migros
Direction politique économique
M-Infoline
Limmatstrasse 152
Postfach
CH-8031 Zürich

Tel: 0848 84 0848
Fax +41 (0)44 277 20 09
mailto:m-infoline[at]migros.ch
www.migros.ch

Et voici la prise de position de la Déclaration de Berne/Campagne Clean Clothes suite à ce courriel:

Comme d’autres entreprises suisses membres de la BSCI, Migros se réfère au code de conduite de l’initiative patronale, qui n’exige pas le paiement de salaires de subsistance. Le code de conduite de BSCI stipule en effet que les entreprises doivent payer le salaire minimum légal ou le salaire en vigueur dans l’industrie. Il invite les firmes à verser un supplément. En vingt ans d’expérience, la CCC a pu constater que de telles mentions relatives à «un geste volontaire» ne fonctionnent pas. Une amélioration des conditions salariales demandent des engagements contraignants.  

Il est regrettable que Migros continue d’affirmer qu’il n’existe pas de définition commune du salaire de subsistance. L’Asia Floor Wage Campaign (AFWC) rassemble quelque 70 ONG et syndicats d’Asie. Ensemble, ils ont établi une méthode pour calculer un salaire de subsistance comparable entre les différents pays et émis des revendications au niveau régional. Grâce à cette alliance sans précédent et cette stratégie commune, les travailleurs peuvent demander une hausse des salaires sans risquer la  fermeture d’usine et la relocalisation de la production dans un autre pays du Sud où les conditions sont plus avantageuses. Si Migros entend s’engager réellement, elle devrait reconnaître la pertinence de l’outil développé par l’ASW et prendre des mesures afin d’instaurer le paiement de salaires de subsistance sur sa chaîne d’approvisionnement.

La collaboration entre Migros et Max Havelaar est positive. Toutefois, les articles fabriqués à partir de coton issu du commerce équitable ne représentent qu’une partie marginale du chiffre d’affaires de Migros.

De plus, la labellisation Max Havellar ne certifie que le coton, et non le produit textile dans son ensemble. Concrètement, cela signifie que l’engagement de Migros pour le commerce équitable profite principalement aux petits paysans qui cultivent le coton. Les couturières qui produisent des articles textiles à partir de coton issu du commerce équitable ne perçoivent pas (toujours) de salaires de subsistance.

La transparence est essentielle à l'amélioration des conditions de travail, et nous ne rejoignons pas Migros lorsqu'elle affirme que celle-ci n'est pas possible. Les salaires ont dramatiquement chuté, notamment parce qu'ils sont considérés comme des données négociables. Il est impératif de mettre un terme à la course aux salaires les plus bas - et donc aux coûts de production les plus faibles - et de gérer les salaires comme des éléments séparés des contrats d'achat. De cette manière seulement, les couturières ne feront plus les frais de la concurrence acharné entre les entreprises textiles, qui cherchent à proposer les prix les plus bas possibles. Si l'on considère que la main d'oeuvre ne représente que 0.5 à 3% du prix de vente, la garantie du paiement d'un salaire de subsistance ne devrait pas représenter un trop grand effort pour les marques! 

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