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Passée en mains chinoises, Syngenta renoncera-t-elle enfin au paraquat?

La dernière assemblée générale de Syngenta a entériné le rachat de l’entreprise par ChemChina. Malgré des résultats en légère baisse, Syngenta reste le leader mondial sur le marché des pesticides. Public Eye a appelé les nouveaux propriétaires de la multinationale bâloise à assumer leurs responsabilités et à renoncer à la production du paraquat et d’autres pesticides extrêmement dangereux.

Les pesticides sont à l’origine de 200'000 décès par intoxication aiguë chaque année. 99% surviennent dans les pays en développement, rappelle Laurent Gaberell, responsable du programme Agriculture et biodiversité de Public Eye.

Il régnait une atmosphère étrange, ce lundi 26 juin, au Centre des congrès de Bâle lors de la dernière assemblée générale de Syngenta avant son passage en mains chinoises. Seuls une quinzaine d’actionnaires avaient fait le déplacement, les autres ayant pour la plupart déjà cédé leurs parts. Détenteur de près de 96 % des actions, Jianxin Ren, actuel président du conglomérat d’état chinois, était assis au premier rang. Entouré de ses plus proches collaborateurs, il attendait patiemment l’annonce officielle de son élection à la tête de l’entreprise.

Au-delà des belles paroles

Durant sa dernière allocution en tant que président du Conseil d’administration de Syngenta, Michel Démarré s’est dit fier d’être à la tête d’une entreprise qui s’engage pour la sécurité alimentaire, une agriculture durable et l’innovation. Pourtant, à y regarder de plus près, la multinationale bâloise n’a introduit que sept nouveaux ingrédients actifs depuis 2000 et continue de vendre de très vieux pesticides, comme le paraquat, mis sur le marché en 1962. Rappelons également que Syngenta réalise 45 % de son chiffre d’affaires sur deux cultures, le soja et le maïs, qui sont principalement utilisées non pas pour l’alimentation humaine mais comme biocarburants et aliments pour le bétail. Enfin, des experts de l’ONU ont encore récemment mis en évidence dans un rapport au Conseil des droits de l’homme (PDF, 429 KB) les « effets catastrophiques des pesticides pour la santé humaine et l’environnement », avant de souligner que :

L’affirmation de l’industrie agrochimique selon laquelle les pesticides sont nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire est aussi inexacte que dangereusement fallacieuse.

Leader mondial sur le marché des pesticides

Dans son rapport annuel, Syngenta annonce un chiffre en légère baisse pour 2016, avec tout de même 2,7 milliards de bénéfices avant impôt. Avec près de 10 milliards de ventes, le géant bâlois reste le numéro un mondial sur le marché des pesticides, devant Bayer et BASF. Syngenta produit quelque 120 ingrédients actifs utilisés pour formuler ses pesticides, dont environ 40 sont considérés comme « extrêmement dangereux ». Parmi ceux-ci, le paraquat, l’un des pesticides les plus toxiques au monde, cause des milliers d’empoisonnements chaque année. Un nombre croissant d’études scientifiques le mettent également en cause dans l’apparition de la maladie de Parkinson.

Des chiffres grotesques et une approche erronée

Public Eye est intervenu devant l’assemblée générale de Syngenta pour rappeler une sombre réalité : les pesticides sont chaque année à l’origine de 200 000 décès par intoxication aiguë, dont 99 % surviennent dans des pays en développement. En tant que leader mondial, Syngenta porte une lourde responsabilité. Face aux critiques, la multinationale déclare avoir l’ambition de former 20 millions de personnes à une utilisation sûre de ses produits d'ici à 2020. Elle aurait d’ailleurs déjà formé 17 millions de personnes durant les trois dernières années – soit environ 20 000 personnes par jour en moyenne ! Au-delà de ces chiffres sujets à caution, cette approche exclusivement centrée sur la formation est fondamentalement problématique : comme l’explique la FAO dans son code de conduite, la réduction des risques liés aux pesticides extrêmement dangereux ne passe pas par la formation des utilisateurs, mais par leur substitution par des alternatives moins toxiques. En d’autres termes : une utilisation sûre des pesticides extrêmement dangereux n’est tout simplement pas possible, en particulier dans les pays en développement, où les réglementations sont souvent plus faibles et moins bien appliquées.

Deux poids, deux mesures – jusqu’à quand ?

Banni dans plus de 40 pays, notamment au sein de l’Union européenne et en Suisse depuis de nombreuses années, le paraquat est également interdit d’utilisation en Chine depuis l’année dernière – une décision prise par le gouvernement chinois afin de « protéger la santé et la sécurité de son peuple ». Ce produit dangereux est donc interdit actuellement dans le pays où Syngenta a son siège, dans celui où est basé son unique actionnaire, ainsi que dans ceux qui abritent ses principaux sites de production. Public Eye a appelé les nouveaux propriétaires de la société à mettre un terme à cette hypocrisie et à renoncer une fois pour toutes à ce commerce honteux.

Plus d’informations dans notre dossier sur les pesticides

A télécharger :

Rapport de la Rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation au Conseil des droits de l’homme

— Dans ce rapport au Conseil des droits de l’homme, des experts de l'ONU mettent en évidence les « effets catastrophiques des pesticides pour la santé humaine et l’environnement ».

Adverse health effects caused by paraquat – A bibliography of documented evidence

— Cette revue de la littérature publiée par Public Eye, PAN Asia Pacific (PANAP) et Pesticide Action Network UK (PAN UK) présente plus de 200 publications scientifiques portant sur les effets nocifs du paraquat sur la santé. Probablement l'analyse documentaire la plus complète à ce sujet.

More Growth Than Good: A Closer Look at Syngenta’s Good Growth Plan

— La Déclaration de Berne (aujourd'hui Public Eye) a décortiqué le « Good Growth Plan » de Syngenta, une feuille de route en six points pour une croissance responsable. Notre analyse détaillée montre que ce plan est avant tout une vaste opération de relations publiques destinée à soigner l’image de la firme.

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