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Patagonia: une grande marge d'interprétation

L'engagement de Patagonia pour la protection de l'environnement est exemplaire. Malheureusement, l'entreprise n'assume pas entièrement ses responsabilités au niveau social. En matière de politique salariale et de temps de travail, la marge d'interprétation laissée est très importante.

Patagonia a répondu par ce courrier aux messages de protestation des consommateurs

Bonjour,

Récemment, la presse allemande a publié plusieurs articles sur les conditions de travail sur les sites qui produisent des vêtements de sports de plein air. Nous ne pouvons qu’approuver cette préoccupation – tout comme le travail de la Clean Clothes Campaign (CCC – Campagne Vêtements propres) – un groupe mondial œuvrant en défense des droits des travailleurs du vêtement – ainsi que celui de deux organisations multipartites de vérification et de formation dont l’objectif est d’assurer leur droit à des salaires équitables et à des conditions de travail décentes : la Fair Wear Foundation en Europe (FWF) et la Fair Labor Association (FLA), active au niveau mondial. Nous sommes l’un des membres fondateurs de la FLA, une association qui procède à des audits indépendants des pratiques de travail sur les sites qui produisent nos vêtements, nos sacs et nos accessoires.

Nous nous sommes engagés à être co-responsables de ces pratiques à travers toute notre chaîne d’approvisionnement ainsi qu’envers le principe d’un salaire minimum vital. Nous aimerions le voir mis en œuvre à travers l’ensemble du secteur (accompagné d'actions de formation et de vérification). Ce n’est hélas pas encore partout le cas dans le secteur des vêtements de plein air.

Convaincus que ce mouvement en faveur d’un salaire décent garanti ne peut être que le fruit d’un effort conjoint des entreprises, des sites de production et des consommateurs, nous pensons qu’une politique efficace ne pourra être réalisée que par le biais d’organisations comme la FLA, qui s’efforce actuellement d’obtenir un consensus entre ses membres à propos du salaire vital (ou « salaire équitable »), et comme la FWF, qui milite déjà en faveur du principe du salaire minimum vital (même s’il n’est pas encore mis en pratique). Quoi qu’il en soit, nous agissons indépendamment, notamment lors de nos négociations d’approvisionnement, afin d’assurer un tel niveau de salaire au bénéfice de tous ceux et celles qui produisent nos vêtements. De plus, nous considérons qu’il demeure difficile de définir ce qu’est un « salaire minimum vital », et encore moins de le garantir pour tous.

Diverses informations récemment publiées dans plusieurs articles sur Patagonia sont simplement inexactes, voire fallacieuses. Nous souhaitons rétablir la vérité au sujet de certaines affirmations que nous avons pu lire et répondre d’avance aux questions auxquelles elles pourraient donner lieu :

Est-ce que Patagonia soutient le principe d’un salaire minimum vital ?

En principe, oui. Ce n’est pas encore notre politique officielle, ni notre pratique, même si c’est le cas lors de certaines négociations portant sur les prix. Nous nous efforçons de faire en sorte qu’à travers l’ensemble du secteur ce principe devienne une réalité ; pour ce faire, il convient avant tout d’en donner une définition, d’offrir les formations adéquates et de procéder à des actions de vérification.

Est-ce que Patagonia publie des audits sociaux ?

Nous ne procédons à aucun ‘self audit’ social et n’en publions pas. Par contre, la FLA publie ses audits des sites qui fabriquent nos produits (comme il lui arrive d'auditer ponctuellement notre siège sans préavis). Nous diffusons sur Internet la liste complète de nos sites de production.

Est-ce que le Code de conduite de Patagonia adhère aux principes fondamentaux de l’Organisation Internationale du Travail ?

Oui. Notre Code de conduite adhère à l’ensemble des principes fondamentaux de l’OIT et interdit expressément le travail des enfants comme le travail forcé, tout en soutenant le droit à la liberté d’association et celui à la négociation collective.

Cordialement,

Votre équipe Patagonia

 

Et voici la prise de position de la Déclaration de Berne/Campagne Clean Clothes suite à ce courriel:

Nous sommes heureux de voir que l’entreprise s’exprime aussi clairement en faveur d’une collaboration au sein d’une initiative multipartite indépendante, un principe que l’entreprise met déjà en pratique dans le cadre de sa participation à la FLA.

Bien que Patagonia affirme soutenir le principe du salaire de subsistance,  l’entreprise reste à la traîne. Le code de conduite de Patagonia ne mentionne pas clairement le salaire de subsistance, et l’entreprise ne s’engage qu’au paiement du salaire minimum légal. En outre, le temps de travail n’est pas fixé de manière claire. Le document stipule que, sauf « conditions exceptionnelles », les ouvrières et ouvriers ne doivent pas effectuer plus de 60 heures de travail par semaine. Par cette formulation, Patagonia autorise les semaines de plus de 60 heures et ne définit pas clairement à quel moment les heures sont considérées comme « supplémentaire », ce qui empêche  une réglementation claire concernant le paiement de ces heures. La CCC demande que le temps de travail hebdomadaire n’excède pas 48 heures. Les heures supplémentaires ne doivent pas représenter plus de 12 heures par semaine. Elles doivent être majorées et rester occasionnelles.

Dans son code de conduite, Patagonia laisse trop de place à l’interprétation. L’entreprise ne publie aucun rapport de développement durable, mais se réfère à ses « Footprint-Chronicle », une application en ligne permettant aux utilisateurs de suivre le processus de production d’un produit donné. Même si cet outil est intéressant, il ne se concentre principalement que sur les aspects environnementaux. L’engagement de Patagonia aurait davantage de crédibilité si l’entreprise publiait un rapport de développement durable étayé, énonçant des objectifs clairs et faisant état de résultats attestés. L’entreprise devrait également prendre des positions claires dans son code de conduite.

 

 

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