Un immense succès: cinq pays ouest-africains abaissent la limite de soufre autorisée

© Carl de Keyzer/Magnum

Malgré le comportement irresponsable des négociants suisses, qui n’ont pas remis en question leur modèle d’affaires lucratif, Public Eye a rencontré un franc succès. Nos révélations ont déclenché une vague d’indignation en Afrique et ont bénéficié d’une vaste écho médiatique international. Avec nos partenaires du Ghana, du Nigeria, du Mali et de la Côte d’Ivoire, nous nous engageons pour une amélioration durable des normes sur les carburants. Sous la pression de l’opinion publique, le Ghana a divisé par soixante la teneur en soufre autorisée dans le diesel importé à partir de juillet 2017. Le Nigeria et trois autres pays d’Afrique de l’Ouest ont annoncé l’entrée en vigueur de nouveaux standards.

© Public Eye
Dix mois après la publication de notre enquête, le Ghana et le Nigeria ont annoncé que la nouvelle teneur en soufre autorisée dans l’essence et le diesel importés serait divisée par soixante.

Les Pays-Bas réagissent

Après l’Afrique de l’Ouest, le rapport « Dirty Diesel » a également eu un impact dans la zone ARA (Amsterdam-Rotterdam-Anvers), où la « qualité africaine » est principalement produite.

Le 9 juillet 2018, la police hollandaise de l’environnement (Human Environment and Transport Inspectorate, ILT) a remis un volumineux rapport (en Anglais) au parlement portant sur la composition des carburants exportés en Afrique de l’Ouest ainsi que sur la nocivité des ingrédients utilisés pour leur fabrication. Les inspecteurs insistent sur le rôle déterminant des négociants en matières premières, qui font « un usage maximum » de la faiblesse des standards en vigueur entre Dakar et Lagos, en passant par Accra.

Les inspecteurs insistent sur le rôle déterminant des négociants en matières premières, qui font « un usage maximum » de la faiblesse des standards en vigueur entre Dakar et Lagos, en passant par Accra.

En 2017, l’ILT a analysé la composition de 44 tankers pétroliers en route pour l’Afrique de l’Ouest. Les inspecteurs ont constaté que la teneur en soufre présente dans le diesel dit de « qualité africaine » atteignait jusqu’à 300 fois la limité fixée en Europe, et plus du double du seuil autorisé s’agissant des hydrocarbures aromatiques polycycliques, composés de polluants classés cancérogènes. Dans l’essence, au-delà du soufre, des ingrédients cancérogènes comme le benzène ou l’isoprène ont été décelés, ainsi que du manganèse à hauteur de 30 fois la limite maximale prévalant sur le Vieux Continent.   

© Eric de Mildt

Pour le directeur du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Erik Solheim, il ne fait aucun doute que la vente de ce cocktail toxique doit cesser immédiatement:  « Les produits de mauvaise qualité ne doivent pas être vendus, même s’ils sont conformes aux standards nationaux. »

Au tour de la Suisse de prendre ses responsabilités

En publiant cette enquête fouillée, les Pays-Bas assument leur responsabilité en tant que centre de production et d’exportation de carburants nocifs. En parallèle, le Point de contact national examine, sur instruction ministérielle, si les firmes impliquées violent les lignes directrices de l’OCDE en matière de respect des droits humains et de l’environnement. En Suisse, où les principaux négociants ont leur siège, les autorités n’ont pas jugé opportun de réagir officiellement à ce scandale.