Les idées reçues sur l’industrie de la mode

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Idée reçue n°1 : Made in Europe et donc éthique ?

Idée reçue n°2 : Cher et donc éthique ?

Idée reçue n°3 : Les gouvernements fixent les salaires, et non les entreprises.

Faux !  

Le droit à un salaire vital est ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les États ont le devoir de faire respecter les droits humains. Ils doivent donc fixer le salaire minimum légal à un niveau correspondant au salaire vital. Si ce n’est pas le cas, les entreprises ne peuvent en aucun cas profiter de la situation. Les Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme établissent que les entreprises doivent respecter les droits humains, et ce même lorsque le pays de production ne garantit pas (suffisamment) leur application. L’obligation de payer un salaire vital vaut donc pour toutes les entreprises de la mode et dans tous les pays de production.

Idée reçue n°4 : Un travail mal payé vaut mieux que pas de travail du tout.

Faux !  

La création d’emplois est utilisée pour justifier la délocalisation de la production dans des pays à bas salaires. Mais ces salaires de misère ne profitent ni aux ouvrières, ni à l’économie locale, bien au contraire. Les travailleurs et travailleuses sont pris dans un cercle vicieux de pauvreté, d’endettement, d’heures supplémentaires excessives et de dépendance vis-à-vis de leur emploi, ce qui réduit très fortement leurs moyens de faire valoir leurs droits. La « mode équitable » ne peut pas devenir une réalité sans le paiement d’un salaire vital.

© Walter Bieri/Keystone
Praktisch das ganze Jahr Sale: Auch bei extrem tiefen Preisen wäre selbst eine Verdoppelung des Lohnes der Näherinnen für Konsumierende kaum spürbar

Idée reçue n°5 : Les gens ne veulent pas payer leurs habits plus chers.

Faux !

 Il est vrai que les consommateurs et consommatrices se sont habitués à des prix très bas. Cependant, le paiement d’un salaire vital dans les usines ne conduit pas inévitablement à une hausse des prix. Pour la plupart des vêtements, le salaire de la couturière ne représente que 0,5 à 3 % du prix final. Pour un T-shirt vendu 10 CHF, les ouvriers et ouvrières qui l’ont confectionné ne touchent en moyenne qu’entre 5 et 30 centimes. Doubler ou tripler leur salaire ne conduirait qu’à une augmentation marginale des coûts de main-d’œuvre, que les entreprises devraient facilement pouvoir absorber.

Idée reçue n°6 : Les salaires sont automatiquement fixés à leur juste valeur par le marché.

Faux ! 

Les lois du marché ont plutôt tendance à niveler les salaires par le bas. Les pays producteurs, qui dépendent fortement des recettes d’exportation du secteur vestimentaire, se livrent une concurrence acharnée pour attirer les grandes marques. Par peur de les voir délocaliser leur production dans un autre pays, les gouvernements sont prêts à adapter leur politique salariale aux exigences des entreprises. En 2013, le chiffre d’affaires combiné de H&M et d’Inditex équivalait presque au produit intérieur brut de la Bulgarie et à plus de trois fois celui du Cambodge. Ce rapport de force très inégal ne doit en aucun cas être exploité par les entreprises, qui doivent enfin consentir à payer un salaire vital.