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DIRTYDIESEL

L’air pollué du Ghana retourné à l’expéditeur

Le négociant suisse en matières premières Trafigura vend des carburants toxiques en Afrique. Les conséquences sur la santé de la population sont désastreuses. Avec nos partenaires en Afrique de l’Ouest, nous dénonçons ces pratiques et avons décidé de renvoyer à l’expéditeur un conteneur rempli d’air pollué de la capitale ghanéenne, Accra.

Les négociants suisses en matières premières jouent un rôle central dans le commerce de diesel et d’essence toxiques destinés à l’Afrique : ils profitent de la faiblesse des standards dans certains pays pour y vendre des carburants qui ne pourraient jamais être commercialisés en Europe. Ces sociétés contribuent ainsi à l’explosion de la pollution de l’air et nuisent à la santé de millions de personnes. Si ces pratiques sont légales, elles n’en restent pas moins illégitimes.

Avec nos partenaires de la société civile africaine au Ghana, au Nigeria, au Mali et en Côte d'Ivoire, nous dénonçons ce modèle d’affaires injuste et demandons aux négociants suisses de cesser d’inonder l’Afrique de carburants toxiques. Près de 20 000 personnes ont soutenu nos revendications en signant une pétition adressée au géant du secteur Trafigura. Cette société s'est fixé l'objectif de devenir un leader en matière de responsabilité sociale d'entreprise. Nous lui demandons de montrer que sa démarche est sérieuse, en faisant un premier pas concret : cesser de produire et de vendre en Afrique de l’essence et du diesel à haute teneur en soufre, néfastes pour la santé.

Les faits

Le scandale

L’enquête menée par Public Eye a mis pour la première fois en lumière le modèle d’affaires scandaleux au cœur du secteur des carburants en Afrique. Le rapport « Dirty Diesel - How Swiss Traders Flood Africa with Toxic Fuels » (PDF, 8.8 MB) révèle comment des négociants en matières premières profitent systématiquement de la faiblesse des standards dans ces pays pour y vendre des carburants toxiques et réaliser des profits substantiels, au détriment de la santé des Africains et des Africaines. Notre enquête montre que les négociants helvétiques dominent le marché des carburants de « qualité africaine » en Afrique de l’Ouest.

Les dirigeants des sociétés suisses produiraient-ils ces carburants toxiques si ceux-ci étaient vendus dans le pays où ils vivent et respirent tous les jours, par exemple dans la belle ville de Genève, si fière des efforts entrepris pour y améliorer la qualité de l’air ? Les poumons des Africains et des Africaines ont-ils moins d’importance que les leurs, que les nôtres ? En aucun cas.

Retour à l’expéditeur

Un conteneur d’air pollué du Ghana livré à Trafigura

Les négociants suisses prétendent assumer leur responsabilité sociale et agir en respectant les droits des populations des pays dans lesquels ils opèrent. Figure de proue de ce discours, le géant Trafigura s’est fixé l'objectif de devenir un « leader reconnu en matière de responsabilité sociale d’entreprise ». C’est pourquoi Public Eye et ses partenaires ouest-africains ont décidé de lui renvoyer un conteneur rempli de l’air pollué de la capitale ghanéenne, Accra. Par ce « retour à l’expéditeur », nous avons invité la société genevoise à agir à la hauteur de son discours et de ses ambitions.

Près 20 000 personnes ont signé notre pétition adressée à Trafigura pour mettre un terme au commerce de carburants toxiques. Même si la société genevoise a accepté de recevoir la pétition, elle continue de se cacher derrière le respect des lois en vigueur dans les pays où elle opère – tout comme Vitol, Addax & Oryx, Mercuria et Glencore, également concernées par les révélations de notre enquête. Faire passer le profit avant tout, au détriment de la santé de millions de personnes, n’est pas une attitude responsable.

Public Eye Remise du conteneur rempli d'air pollué du Ghana au siège de Trafigura

Les succès

Résultat de trois ans d’enquête, notre rapport d'enquête «Dirty Diesel» (PDF, 8.8 MB) met pour la première fois en lumière le rôle central des négociants suisses dans le secteur des carburants en Afrique, où certains ont acquis d’importants réseaux de stations-service, ainsi que le modèle d’affaires scandaleux qui accompagne leur déploiement sur toute la chaîne d’approvisionnement.

Notre campagne porte ses fruits

Si les sociétés suisses refusent d’assumer leurs responsabilités, la campagne menée par Public Eye et ses partenaires africains a provoqué de vives réactions dans de nombreux pays, et des changements politiques sont déjà en marche. Sous la pression de l’opinion publique, le gouvernement ghanéen a annoncé l’adoption de normes plus strictes : dès mars 2017, la teneur en soufre autorisée pour le diesel importé sera réduite de 3000 à 50 parties par million (ppm), soit une teneur proche de la norme européenne (10 ppm). Cette décision essentielle ouvre la voie aux autres gouvernements d’Afrique de l’Ouest, qui se rencontreront en décembre au Nigeria afin d’empoigner cette question. Dans la zone ARA (Amsterdam-Rotterdam-Anvers), où la « qualité africaine » est principalement produite, l’affaire a aussi fait scandale. Aux Pays-Bas, des discussions politiques sont en cours afin de mettre un terme à la complicité d’Amsterdam dans ce modèle d’affaires illégitime.

Avec ses partenaires africains, Public Eye poursuivra son combat contre les carburants toxiques. Les sociétés qui fabriquent et vendent ces produits dangereux, les Etats exportateurs et les gouvernements des pays concernés doivent agir sans tarder afin de garantir le respect du droit à la santé des populations.

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