Initiative « 200 francs, ça suffit ! » : la démocratie et les ONG ont plus que jamais besoin d’une SSR solide

Une information fiable et vérifiée forme la pierre angulaire de toute démocratie éclairée – et particulièrement de la nôtre, directe et participative. Face aux fake news, à la polarisation et aux assauts contre la liberté de la presse, le service public reste l’un des derniers bastions garants d’une opinion libre et d’une société civile forte. Réduire les ressources de la SSR de moitié reviendrait à entamer l’indépendance du quatrième pouvoir et à saper notre système politique. Le 8 mars, il faudra donc dire non.

Souvenez-vous : il y a dix ans, les ménages suisses payaient 462 francs de redevance annuelle pour l’offre pléthorique de la RTS, de la SRF et de la RSI. Depuis, la facture a baissé de 25 %. Dès 2029, elle sera même ramenée à 300 francs, conformément à une ordonnance du Conseil fédéral. D’ici là, la SSR devra économiser environ 270 millions de francs, ce qui entraînera notamment la suppression de quelque 900 postes à plein temps. La « tronçonneuse » des adversaires du service public est déjà à l’œuvre, malgré le rejet de l’initiative « No Billag » par 71,6 % des votant·e·s et l’ensemble des cantons en 2018. Public Eye plaidait alors pour un non clair. Huit ans et plusieurs tours de vis budgétaires plus tard, notre position demeure inchangée – mais notre détermination, elle, a grandi.

En vingt ans, la crise des médias n’a cessé de s’aggraver, au point de se muer en véritable crise démocratique. Le média alémanique en ligne Republik en dresse un tableau alarmant dans un blog dédié au sujet : entre les licenciements massifs chez TX Group (ex-Tamedia) et CH Media, la concentration des titres et la prolifération des fake news sur les réseaux sociaux et ailleurs, le terreau est propice aux forces populistes de droite. Les mêmes qui, déjà à l’origine de « No Billag », portent désormais la nouvelle initiative « 200 francs, ça suffit ! ». Après l’échec cuisant de la suppression totale de la redevance, elles reviennent à la charge, cette fois par étapes, mais avec un objectif identique : fragiliser une institution journalistique qui n’est redevable qu’à celles et ceux qui la financent, à savoir la population suisse. À l’heure où des milliardaires s’emparent d’un média après l’autre (de Jeff Bezos avec le Washington Post à la famille Blocher et sa trentaine de titres régionaux) et où de nombreux régimes autoritaires musellent la presse, préserver une SSR robuste et indépendante n’est pas un luxe : c’est même une nécessité pour une démocratie directe dont le fonctionnement repose sur la pluralité de l’information.

Les plans d’économies en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni en témoignent : sous la pression de l’extrême droite, l’audiovisuel public est attaqué partout en Europe. La Suisse n’y échappe pas. Dans le cadre du « programme d’allègement budgétaire », le Parlement et le Conseil fédéral entendent sacrifier Swissinfo, le service international de la SSR, ainsi que la participation du pays à TV5 Monde et à 3sat.

Le 8 mars, chaque voix comptera 

L’adoption de l’initiative « 200 francs, ça suffit ! » entraînerait un nouvel affaiblissement de l’offre d’information fiable et indépendante financée par la redevance, portant un coup sévère à la société civile. Pour les ONG, en effet, la SSR constitue non seulement un relais précieux, mais aussi un contre-pouvoir indispensable. Préserver ce rôle est essentiel. En tant que membre de l’Alliance pour la diversité des médias, Public Eye appelle toutes les personnes partageant ces valeurs à se rendre aux urnes le 8 mars. Car cette fois-ci, tout pourrait se jouer à une poignée de voix.