Rôle de la Suisse

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En Suisse, on mange 11 kilos de chocolat par personne et par année! Cette denrée est aussi le produit suisse d’exportation le plus connu et le plus apprécié à l’étranger. La Suisse doit donc beaucoup à son chocolat. Et pourtant, le cacao, son principal composant, est souvent produit dans des conditions très éloignées des droits humains et de la tradition humanitaire attachée à l’image de notre pays.

La Suisse joue un rôle de premier plan dans la production comme dans la consommation de chocolat. Les deux sociétés suisses Nestlé et Lindt&Sprüngli totalisent à elles deux plus de 10% des parts de marché.

Fait moins connu: des entreprises suisses ne sont pas seulement en tête de la fabrication du chocolat, mais dominent aussi le marché mondial du négoce de fèves de cacao et de transformation en beurre de cacao ou en chocolat de couverture. Barry Callebaut, premier producteur mondial de chocolat industriel, est domicilié à Zurich et est présent, selon ses propres déclarations, derrière un produit chocolaté sur quatre à travers le monde. Concernant le chocolat de couverture, qui est principalement vendu à de petits producteurs, des restaurateurs et des confiseurs, Barry Callebaut détient 40% des parts de marché. Par ailleurs, la Suisse abrite également des entreprises principalement actives dans le négoce de cacao, dont le numéro 3 mondial du négoce de fèves (selon ses propres dires), ECOM Agroindustrial.

La Suisse porte donc une grande responsabilité quant aux abus commis dans ce secteur.

Pourtant, les solutions proposées pour aborder les problèmes politiques – comme les mécanismes de fixation des prix et les revenus de misère qu’ils engendrent – sont en premier lieu d’ordre technique, notamment des programmes pour augmenter la productivité. Même la Plate-forme suisse du cacao durable, officiellement fondée en janvier 2018 à l’initiative de l’industrie, des autorités publiques et de quelques acteurs de la société civile, ne s’attaque pas suffisamment à ces questions. Plutôt que de demander des entreprises suisses du secteur du cacao et du chocolat qu’elles se comportent de manière sociale et respectueuse de l’environnement sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement internationale, seuls les produits à base de cacao physiquement importés en Suisse sont pris en considération. Cela exclut tout le chocolat produit par des sociétés suisses à l’étranger et ainsi une part importante des efforts de durabilité.

Les mesures volontaires ne suffisent pas

Les mesures volontaires de l’industrie ne sont pas suffisantes pour mettre un terme aux abus dans le secteur. Public Eye demande donc aux autorités suisses de prendre des mesures juridiquement contraignantes afin de garantir que les grandes entreprises du secteur suisse du cacao et du chocolat respectent les droits humains aussi à l’étranger.

Efforts internationaux

L’Accord international sur le cacao est le seul document reconnu sur le plan international signé par la Suisse visant à renforcer les engagements contraignants entre les différents acteurs. Modifié pour la quatrième fois en 2010, il est entré en vigueur le 1er janvier 2012. Cet accord intergouvernemental a pour objectif de renforcer de manière durable et à long terme la collaboration et le dialogue dans le secteur du cacao à l'échelle internationale. Les programmes d’aide, qui sont cofinancés par l'industrie et promettent un soutien aux cultivateurs et cultivatrices de cacao, sont très intéressants dans leur approche et ont déjà des effets à petite échelle. Ils sont toutefois largement insuffisants pour améliorer de manière durable et à long terme les conditions d’existence des familles de petits producteurs. En outre, ces programmes ne concernent en rien le prix du cacao et les revenus des familles de petits producteurs, qui sont pourtant au cœur du problème.

En signant la Déclaration d’Abidjan sur le cacao et en reconnaissant l’Agenda global du cacao lors de la première Conférence mondiale sur le cacao, qui a eu lieu en 2012 à Abidjan (Côte d’Ivoire), les membres de l’International Cocoa Organization (ICCO), agence spécialisée des Nations unis, - parmi lesquels figurent la Suisse, des entreprises, des groupes d’intérêts et des organisations de paysans - se sont déclarés prêts à collaborer au développement de l’ensemble du secteur. Jusqu’à présent, l’Agenda global du cacao ne présente toutefois pas de cadre pour l’évaluation des mesures – ce qui peut le rendre inutile (situation en juillet 2018).