Accord de libre-échange avec le Mercosur : pourquoi Public Eye soutient le référendum
Lausanne, Zürich, 13 octobre 2026
©
Alf Ribeiro/Shutterstock
Davantage de viande importée, des exportations de pesticides affranchies de barrières douanières, une pression accrue sur la biodiversité et les communautés indigènes en Amazonie… L’accord de libre-échange avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) vise à réduire les droits de douane sur les exportations suisses des industries chimique et pharmaceutique ainsi que du secteur des machines, tout en stimulant les importations de viande et de soja en provenance de ces quatre pays. Le texte ne fera qu’aggraver les dérives sur place, sans imposer de mesures efficaces contre les atteintes aux droits humains et à l’environnement. Il comprend certes un chapitre consacré au développement durable, mais aucune sanction n’est prévue en cas d’infraction. Le Parlement a même rejeté les garde-fous les plus élémentaires qui auraient permis d’empêcher l’arrivée en Suisse de produits issus de la déforestation ou du travail forcé, deux fléaux persistants dans la filière agro-industrielle locale.
Le coût humain de l’intensification du commerce agricole
L’accord n’apporte pas de réponses adéquates aux problèmes criants de l’agro-industrie. Esclavage moderne et violations des droits des travailleurs et travailleuses sont monnaie courante dans les plantations des pays du Mercosur. Ces dernières années, Public Eye a dénoncé à plusieurs reprises ces abus, notamment dans des exploitations de café au Brésil – ce qui n’a pas empêché le Parlement de rejeter des mesures spécifiques visant à stopper l’importation de produits issus de telles pratiques. Face aux autres dérives du secteur, telles que l’expulsion de communautés locales, l’accord avec le Mercosur se contente de déclarations d’intention non contraignantes.
La forêt amazonienne et le climat sous pression
L’accord accélère par ailleurs la déforestation dans les États du Mercosur, au détriment de la biodiversité et du climat. Selon une étude officielle commandée par l’administration fédérale, l’extension des relations économiques pourrait provoquer chaque année le défrichement d’une superficie supérieure à celle du lac de Bienne. L’accroissement des échanges de viande bovine, de soja et de chocolat pourrait en outre plus que doubler les émissions de gaz à effet de serre actuellement générées par le commerce agricole entre la Suisse et le Mercosur. Bien que les autorités soient tenues de lutter efficacement contre le changement climatique, les mesures prévues par l’accord pour limiter les risques liés aux matières premières agricoles ne sont pas suffisamment ciblées. Quant au Parlement, il a lui aussi laissé passer l’occasion d’instaurer des mesures contraignantes contre l’importation de produits issus de la déforestation.
Des pesticides interdits exemptés de droits de douane
L’usage de pesticides dans l’agriculture intensive des pays du Mercosur a été multiplié par douze en trente ans. Or, ce cocktail chimique repose en grande partie sur des substances actives interdites en Suisse et dans l’Union européenne en raison de leur dangerosité pour la santé et l’environnement. L’accord avec le Mercosur faciliterait leur exportation : des dizaines de produits prohibés ici pourraient bientôt être expédiés vers le Brésil et l’Argentine sans la moindre barrière douanière – une aubaine pour les groupes agrochimiques, à l’instar du géant bâlois Syngenta.
Une opposition aux multiples visages
L’accord avec le Mercosur est également contesté sur d’autres fronts. Il pourrait notamment favoriser les importations de viande issue d’élevages bovins ou avicoles controversés. Le Brésil est ainsi critiqué pour son manque d’action face aux résidus d’antibiotiques et pour ses normes de production jugées insuffisantes. De leur côté, les petites exploitations agricoles suisses craignent une pression accrue sur les prix, susceptible de fragiliser la filière.
C’est dans ce contexte que l’Alliance contre la déforestation de la forêt tropicale a annoncé, lors de la session d’automne 2026, le lancement d’un référendum contre l’accord avec le Mercosur. Membre de cette alliance, Public Eye se mobilise aux côtés d’organisations engagées dans les domaines de la protection de l’environnement et du climat, des droits humains, de la coopération au développement et de l’agriculture.