Révision du système de fixation du prix des médicaments : des économies modestes et (encore) plus de privilèges pour la pharma
Lausanne, Zurich, 3 juin 2026
Les dépenses liées aux médicaments représentent un quart des coûts de l’assurance obligatoire des soins et ont connu une forte augmentation ces dernières années. Elles ont ainsi été l’une des principales causes de la hausse continue et massive des primes en Suisse. Le Conseil fédéral a proposé plusieurs mesures pour contenir ces coûts, dans le cadre d’une modification de la loi sur l’assurance-maladie (LAMal), adoptée par le Parlement en mars 2025. Il s’agit maintenant de les concrétiser dans l’ordonnance sur l’assurance-maladie (OAMal), dont la phase de consultation vient de s’achever.
Public Eye s’était fortement mobilisée contre la volonté du Conseil fédéral d’ancrer dans la LAMal les rabais secrets sur le prix des médicaments, en les excluant même du champ d’application de la loi sur la transparence. Le gouvernement a toujours affirmé que cette mesure permettrait de réduire les coûts et de garantir un accès plus rapide aux nouveaux traitements pour les patient·e·s. Au vu du dangereux précédent qu’elle représente et des conséquences négatives à long terme, les possibles économies à court terme pour l’assurance obligatoire sont un leurre. Par ailleurs, si la nouvelle LAMal prévoit qu’un organisme indépendant réalise un rapport régulier sur la mise en œuvre des modèles de prix, celui-ci n’est même pas évoqué dans le projet d’ordonnance.
Nos enquêtes mettent en évidence les marges bénéficiaires gigantesques réalisées par la pharma en Suisse. Le potentiel d’économie est énorme, en particulier sur les médicaments très coûteux – sans pour autant mettre en péril l’innovation, l’approvisionnement ou la viabilité financière du secteur. Mais pour y parvenir, il est essentiel d’imposer davantage de transparence et de réformer le système de fixation des prix. Celui-ci devrait se fonder sur les investissements réellement consentis par la pharma – soit les coûts de Recherche et Développement effectifs, en tenant compte des aides publiques – plutôt que de fixer les prix des médicaments brevetés sur la base de comparaisons inopérantes et biaisées.
Public Eye rejette fermement le projet de révision de l’ordonnance sur l’assurance-maladie (OAMal) mis en consultation. Les rabais secrets et autres mesures proposées ne changeront rien au rapport de force inégal entre une industrie pharmaceutique en position de monopole et l’Office fédéral de la santé publique. Pire encore, ces nouvelles dispositions renforceront l’opacité – et ainsi le pouvoir des pharmas – au détriment de l’intérêt public. La Suisse étant un pays de référence en la matière, les prix fixés ici auront aussi une conséquente directe sur les tarifs imposés dans des pays économiquement plus faibles.
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Prise de position de Public Eye (22.05.2026).