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Stévia: une douceur au goût amer

La stévia est présentée comme la dernière grande nouveauté en matière d’édulcorants. De plus en plus de produits « naturels » contenant de la stévia arrivent dans les rayons des grandes surfaces. En 2015, un rapport de Public Eye dévoilait pourtant la face cachée de ce marché très lucratif : les peuples guaranis du Paraguay et du Brésil, qui ont découvert les vertus édulcorantes de cette plante, ne bénéficient pas des retombées économiques de leur savoir ancestral. Mais aujourd’hui, la situation pourrait changer : certaines entreprises se montrent ouvertes aux discussions – et les Guaranis se mobilisent.

A qui profite la stévia?

A bon entendeur, RTS 1, 08.09.2015 : entretien avec Géraldine Viret, responsable communication de Public Eye (anciennement Déclaration de Berne)

Sur son site internet en Allemagne, Coca-Cola n’hésite pas à vanter les vertus de « la “Latina” la plus douce du monde ». Par cette comparaison douteuse, le géant d’Atlanta fait référence à la stévia, une plante originaire d’Amérique du Sud. Les feuilles de cette plante sont à l’origine d’une molécule qui sert en partie d’édulcorant à la nouvelle déclinaison « Life » du célèbre soda. Soulignons la nuance : contrairement à ce que les commerciaux allemands laissent entendre, ce n’est pas la plante elle-même qui est utilisée, mais bien le glycoside de stéviol, une molécule extraite industriellement par une série de procédés chimiques complexes.

La marque états-unienne n’est de loin pas la seule à utiliser le pouvoir édulcorant de la stévia jusqu’à 300 fois supérieur à celui du sucre. Le glycoside de stéviol, qui présente aussi l’avantage de ne causer ni diabète ni caries, intéresse de plus en plus l’industrie agroalimentaire, notamment en raison de son coût de production attractif.

Un cas flagrant de biopiraterie

Boissons, chocolats, bonbons, de nouveaux produits dérivés du glycoside de stéviol ne cessent d’apparaître sur le marché. Pour 2015, son chiffre d’affaires – en forte croissance – est déjà estimé entre huit et onze milliards de francs. Une plante « miracle » au pouvoir naturellement sucrant utilisées par les Guaranis depuis des siècles qui conquiert le marché comme une alternative saine au sucre. Cela ressemble à s’y méprendre à un conte de fées moderne ! Mais qu’en est-il vraiment ? Le rapport « Stévia, une douceur au goût amer (PDF, 4.9 MB) » publié en novembre 2015 par Public Eye (anciennement Déclaration de Berne) dénonce la face cachée du boom des édulcorants dérivés de la stévia.

Les Guaranis face aux multinationales
La stévia est à la base d'un commerce très lucratif pour les multinationales agroalimentaires. Cette plante est de plus en plus utilisée dans l'industrie comme alternative saine au sucre. Les Guaranis, qui ont découvert ses vertus édulcorantes et l'utilisent depuis des siècles, ne profitent pas des retombées économiques de ce juteux commerce. Mais aujourd'hui, ils se mobilisent et revendiquent leurs droits.
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Les Guaranis face aux multinationales

**La stvia est la base d'un commerce trs lucratif pour les multinationales agroalimentaires. Cette plante est de plus en plus utilise dans l'industrie comme alternative saine au sucre. Les** **Guaranis, qui ont dcouvert ses vertus dulcorantes et l'utilisent depuis des sicles****, ne profitent pas des retombes conomiques de ce juteux commerce.** **Mais aujourd'hui, ils se mobilisent et revendiquent leurs droits.**

KickerThis is a kicker.

**Un cas flagrant de biopiraterie**

> **La face cache de la stvia**

Boissons, chocolat, bonbons, de plus en plus de produits naturels contenant de la stvia arrivent sur le march, linstar de la dclinaison Life du produit phare de Coca\-Cola. Les extraits de cette plante originaire dAmrique du Sud ont un pouvoir dulcorant jusqu 300 fois suprieur celui du sucre et ne causent ni diabte ni caries. Une plante miracle au pouvoir naturellement sucrant utilise par les Guaranis depuis des sicles qui conquiert le march comme une alternative saine au sucre. **Cela ressemble sy mprendre un conte de fes moderne! Mais quen est\-il vraiment?** Le rapport [**Stvia,une douceur au got amer**](https://www.publiceye.ch/fileadmin/files/documents/Biodiversitaet/DB\_Stevia\_FR\_2\-16\_def.pdf) publi en novembre 2015 par Public Eye \(anciennement Dclaration de Berne\) dnonce la face cache du boom des dulcorants drivs de la stvia: la commercialisation du glycoside de stviol, la molcule produite partir des feuilles de la plante, est un cas flagrant de biopiraterie.

> Les peuples guaranis, qui ont dcouvert les vertus dulcorantes de la stvia, ne bnficient pas des retombes conomiques de leur savoir ancestral.

Les Guaranis Pai Tavytera du Paraguay et Kaiowa du Brsil connaissent la stvia depuis plus de 1'500 ans. Ils lappellent Kaa he, lherbe sucre, et lutilisent pour adoucir leur mat, mais galement comme plante mdicinale et dans leurs crmonies sacres. Sans leur savoir ancestral, les dulcorants drivs de la stvia nauraient jamais t commercialiss. Ils devraient donc avoir droit au partage juste et quitable des bnfices dcoulant de lutilisation des vertus de leur plante. Or, contrairement ce que prvoit la [Convention sur la diversit biologique](https://www.publiceye.ch/fr/themes\-et\-contexte/convention\-sur\-la\-diversite\-biologique\-cbd/) et le [Protocole de Nagoya](https://www.publiceye.ch/fr/themes\-et\-contexte/agriculture\-et\-biodiversite/biodiversite/protocole\-de\-nagoya/), les peuples guaranis du Paraguay et du Brsil nont pas t consults et nont reu aucune compensation pour lutilisation, des fins commerciales, de leur savoir traditionnel. Alors que lindustrie agroalimentaire fait des affaires juteuses grce ce march en plein essor, les Guaranis ne cessent de sappauvrir et sont chasss de leurs terres.

**Assigs par les** **_haciendas_** **et les champs de soja**

**Les Guaranis menacs par lexpansion des monocultures et des levages**

Quelque 46'000 Guaranis Kaiowa vivent au Brsil, et un peu plus de 15'000 Guaranis Pai Tavytera au Paraguay. Ils noccupent quune toute petite portion de leur territoire traditionnel, auparavant principalement constitu de forts. Au Paraguay, le taux de dforestation est parmi les plus levs du monde. En 40 ans, le pays a perdu plus de la moiti de sa couverture forestire. Llevage extensif de bovins occupe des surfaces immenses: environ 31 millions dhectares sur les 40 que compte le pays.

Les Guaranis vivent dsormais comme assigs, dans de petites communauts cernes dimmenses _haciendas_ et de champs de soja ou de canne sucre. Privs de leur territoire de chasse, de pche et de cueillette, ils nont souvent dautre choix que dy vendre leur force de travail dans des conditions extrmement prcaires.

> Triste ironie: les socits comme Coca\-Cola ou Cargill, en partie responsables de lavance des monocultures de soja ou de canne sucre, sont aussi celles qui tirent allgrement profit du commerce juteux des dulcorants drivs de la stvia.

Mais les Guaranis ont dcid de sorganiser pour revendiquer la part des bnfices qui leur revient de droit.

**Les Guaranis se mobilisent**

> Cela faisait des annes quun tel rassemblement navait pas eu lieu: plus dune centaine de leaders et de reprsentants des communauts guaranies se sont runis sur le site sacr de Jasuka Venda au Paraguay.

Les Pai Tavytera du Paraguay et les Kaiowa du Brsil entretiennent de nombreux liens familiaux, mais spars par la frontire, ils nont pas pour habitude de mener des actions politiques conjointes. En aot 2016, ils se sont pourtant runis pour dfinir ensemble comment faire valoir leur droit: le partage juste et quitable des bnfices dcoulant de lutilisation de leurs savoirs associs la stvia.

Dtermins, les Guaranis refusent daccepter plus longtemps que Coca\-Cola, PepsiCo, Cargill ou Nestl tirent profit de leur plante, alors queux\-mmes ne cessent de sappauvrir et sont chasss de leurs terres. En tant que dtenteurs du savoir traditionnel associ la stvia, ils veulent ngocier un accord de partage des bnfices avec ces socits.

**Laccs la terre comme enjeu central** En vertu de la [Convention sur la diversit](https://www.publiceye.ch/fr/themes\-et\-contexte/convention\-sur\-la\-diversite\-biologique\-cbd/) et du [Protocole de Nagoya](https://www.publiceye.ch/fr/themes\-et\-contexte/agriculture\-et\-biodiversite/biodiversite/protocole\-de\-nagoya/), les Guaranis auraient d donner leur accord pour lutilisation de la stvia des fins commerciales. Ils savent quil est trop tard pour empcher les gants de lagroalimentaire dutiliser la stvia et leurs savoirs. Ils entendent donc obtenir au moins une compensation. Cest laccs la terre qui est au centre de toutes leurs proccupations. Leur espoir: que les retombes dun ventuel accord leur permettent de rcuprer une partie de leurs terres ancestrales et de reconstituer le territoire de la stvia. **La dclaration des Guaranis** En clture de lassemble exceptionnelle daot 2016, les reprsentants guaranis runis au Paraguay ont adopt une dclaration commune pour dfendre leurs droits.

> Nous dnonons les entreprises multinationales qui tirent profit de notre savoir et de notre biodiversit en utilisant et en commercialisant la Kaa he \(_Stevia rebaudiana_\), sans que nous, les vritables propritaires, les Pai Tavytera et les Kaiowa, ayons t consults.

La dclaration des Guaranis exige le respect de \[leur\] territoire, de \[leur\] vision du monde, de \[leur\] culture et de \[leur\] souverainet et un partage juste et quitable des bnfices dcoulant de lutilisation de \[leurs\] savoirs associs la stvia. Pour assurer le suivi de leurs revendications, les leaders Pai Tavytera et Kaiowa prsents dcident galement de former une assemble permanente. **Les Guaranis face aux gants de lindustrie** Le chemin est encore long, mais les Guaranis viennent de franchir une tape dcisive en revendiquant leurs droits et en commenant sorganiser pour les faire valoir. Lobjectif est de pouvoir entamer, dans le courant de lanne 2017, des ngociations proprement parler avec les entreprises.

> Interpelles par Public Eye, plusieurs socits se sont dclares prtes entamer des ngociations avec les Guaranis.

Ds la publication du rapport [Stvia: une douceur au got amer](https://www.publiceye.ch/fileadmin/files/documents/Biodiversitaet/DB\_Stevia\_FR\_2\-16\_def.pdf) en novembre 2015, [Public Eye](http://www.publiceye.ch/fr) a engag des discussions avec les principaux producteurs et utilisateurs ddulcorants drivs de la stvia, notamment au sujet dun ventuel partage des bnfices avec les Guaranis. Les premiers rsultats sont encourageants. Bien que certaines socits comme **Unilever, Ricola, PepsiCo ou encore le gant Coca\-Cola** n'aient pas rpondu ou aient refus d'entrer en matire, dautres entreprises sont dsormais prtes entamer des ngociations en vue dun accord, dans lesprit de la [Convention sur la diversit biologique](https://www.publiceye.ch/fr/themes\-et\-contexte/convention\-sur\-la\-diversite\-biologique\-cbd/) et du [Protocole de Nagoya](https://www.publiceye.ch/fr/themes\-et\-contexte/agriculture\-et\-biodiversite/biodiversite/protocole\-de\-nagoya/). **Lentreprise bloise Evolva, Migros et Nestl ont dclar soutenir le principe de partage des bnfices avec les peuples autochtones et les pays dorigine.** Notre [rapport de suivi](https://www.publiceye.ch/fileadmin/files/documents/Biodiversitaet/PE\_Stevia\_FR\_11\-16\_def.pdf), publi en novembre 2016, prsente les rsultats de nos discussions avec les firmes, ainsi que les principaux dveloppements de ce dossier depuis notre premire publication en 2015. Au niveau international, des discussions sont encore en cours avec quelques\-uns des principaux producteurs et utilisateurs des glycosides de stviol. **Vous pouvez vous aussi soutenir les revendications des Guaranis et nous aider maintenir la pression...**

**Agir avec nous**

Signez la ptition!

La stvia reprsente un march trs lucratif pour les gants de l'industrie agroalimentaire. Mais pour les Guaranis, lherbe sucre a dsormais un arrire\-got amer. Alors que leur savoir traditionnel est la base de la commercialisation des dulcorants drivs de la stvia, ils ne reoivent pas un seul centime. **En partenariat avec SumOfUs, nous lanons une ptition afin d'exiger du gant amricain Coca\-Cola qu'il mette un terme ses pratiques de biopiraterie et ngocie avec les Guaranis un accord de partage quitable des bnfices.**

[Public Eye](http://www.publiceye.ch/fr) \(anciennement Dclaration de Berne\) porte un regard critique sur les injustices dont sont victimes les populations dfavorises. En dnonant la face cache du boom de la stvia et en stimulant le dialogue entre lindustrie et les peuples autochtones, Public Eye sengage pour que les droits des Guaranis soient reconnus et respects. Pour connatre la suite de lhistoire, suivez\-nous sur [Twitter](https://www.twitter.com/PublicEyeSuisse) et [Facebook](http://www.facebook.com/PublicEyeSuisse) ou abonnez\-vous notre [newsletter](https://www.publiceye.ch/fr/newsletter). **Engagez\-vous nos cts pour un monde plus juste!** L'organisation indpendante Public Eye est finance par le soutien de ses membres et donateurs. [En devenant membre de Public Eye](https://www.publiceye.ch/fr/sengager/devenir\-membre/devenir\-membre/), vous soutenez notre action et renforcez le poids de nos revendications pour des multinationales responsables et des relations conomiques quitables.

Agir ici pour un monde plus juste.

**MERCI !**

**Photos** Toutes les photos ont t prises par le photographe Luis Vera dans le cadre de lassemble des reprsentants Guaranis sur le site sacr de Jasuka Venda au Paraguay, les 4 et 5 aot 2016. Lors de cette assemble, les Guaranis ont adopt une dclaration dans laquelle ils exigent le partage quitable des bnfices issus de la commercialisation de la stvia et de ses drivs.

Des multinationales s’enrichissent aux dépens des Guaranis

La commercialisation du glycoside de stéviol est un cas classique de biopiraterie: une appropriation illégitime de ressources génétiques et du savoir traditionnel dont elles découlent. La Convention de l’ONU sur la diversité biologique, en vigueur depuis 1993, devrait précisément permettre d’empêcher ce genre d’abus, puisqu’elle prévoit que les populations autochtones doivent donner leur consentement à l’utilisation commerciale de «leurs» ressources («consentement préalable en connaissance de cause»). Elles doivent aussi bénéficier du partage équitable des avantages découlant de l’exploitation de ces ressources («accès et partage des avantages»). Concrètement, cela signifie que, si quelqu’un souhaite exploiter à des fins commerciales la stévia, alors les Guaranis et les Etats du Brésil et du Paraguay devraient avoir le choix d’y consentir ou non et, le cas échéant, ils devraient recevoir une partie des bénéfices engendrés.

Mais la réalité est tout autre. Et ce notamment car la Convention sur la diversité biologique et l’accord régissant sa mise en œuvre, le Protocole de Nagoya, ne sont pas suffisamment appliqués par certains pays et que d’autres – dont les Etats-Unis – ne les ont pas encore ratifiés. Ainsi, l’industrie agroalimentaire continue de s’enrichir impunément grâce à des ressources «dérobées». Actuellement, les petites exploitations qui cultivent de la stévia doivent se contenter d’un rôle de fournisseurs, pendant que quelques multinationales luttent à grand renfort de brevets pour obtenir leur part de ce juteux marché. A la fin de 2014, plus de 1000 demandes de brevets avaient déjà été déposées en lien avec la stévia, dont 450 portant spécifiquement sur les glycosides de stéviol. Parmi ces derniers, 46% ont été déposés par huit entreprises seulement. Au premier rang figurent les multinationales Cargill et Coca-Cola.

Recours à la biologie de synthèse

Le Paraguay et le Brésil jouent un rôle très modeste dans la vente de plantes de stévia aux entreprises qui en extraient les glycosides. En 2011, 80% de l’ensemble de la stévia destiné à une utilisation commerciale provenait de Chine. Le Paraguay n’en a produit que 5% et le Brésil 3%. Le plus souvent, la stévia est cultivée par de petits exploitants qui pratiquent la polyculture. Cette plante offre un vaste potentiel, car, en dépit du travail considérable qu’elle demande, son rendement est très intéressant. Les glycosides de stéviol de synthèse arriveront bientôt sur le marché et, s’ils parviennent à s’imposer, les pays qui cultivent la stévia n’auront plus que les yeux pour pleurer, et tous les bénéfices reviendront à de grandes entreprises de pays du Nord. Il est grand temps d'agir !

© Clerici / Public Eye

Depuis la publication du rapport, la situation évolue

Depuis la publication du rapport « Stévia, une douceur au goût amer (PDF, 4.9 MB) », en novembre 2015, Public Eye a engagé des discussions avec les principaux producteurs et utilisateurs d’édulcorants dérivés de la stévia. Un an plus tard, notre démarche commence à porter ses fruits : plusieurs sociétés approchées sont désormais prêtes à entamer des négociations en vue d’un partage juste et équitable des bénéfices avec les Guaranis. Et de leur côté, les Guaranis ont commencé à s'organiser.

Les Guaranis se mobilisent

Evénement exceptionnel : plus d’une centaine de représentants des communautés guaranies se sont rassemblés au Paraguay, début août 2016, pour demander un partage juste et équitable des bénéfices découlant de la commercialisation des édulcorants dérivés de « leur » stévia. Cela ne s’était plus vu depuis plusieurs années. Les Guaranis – Paî Tavytera du Paraguay et Kaïowa du Brésil – entretiennent de nombreux liens familiaux, mais séparés par la frontière, ils n’ont pas pour habitude de mener des actions politiques conjointes.

Les Guaranis sont déterminés à faire valoir leurs droits en tant que détenteurs du savoir traditionnel associé à la stévia. Ils accueillent favorablement la proposition de négocier un accord de partage des bénéfices avec les entreprises. Une forme de réalisme bien sûr : les Guaranis ne sont plus en position d’empêcher les géants de l’agroalimentaire d’utiliser la stévia et leurs savoirs. Ils entendent donc obtenir au moins une compensation. C’est l’accès à la terre qui est au centre de toutes leurs préoccupations. Leur espoir est que les retombées d’un éventuel accord pourraient leur permettre de récupérer une partie de leurs terres ancestrales et de reconstituer le territoire de la stévia.

En clôture de la réunion, une déclaration commune est adoptée pour demander « le respect de [leur] territoire, de [leur] vision du monde, de [leur] culture et de [leur] souveraineté » et, plus spécifiquement, pour exiger un partage juste et équitable des bénéfices découlant de l’utilisation de leurs savoirs associés à la stévia. « Nous dénonçons les entreprises multinationales qui tirent profit de notre savoir et de notre biodiversité en utilisant et en commercialisant la « ka’a he’ê » (Stevia rebaudiana), sans que nous, les véritables propriétaires, les Pai Tavytera et les Kaiowa ayons été consultés. »

Des entreprises prêtes à dialoguer

Les entreprises sont-elles prêtes à négocier un accord de partage des bénéfices ? Pour le savoir, Public Eye a pris contact avec les principaux producteurs et utilisateurs d’édulcorants dérivés de la stévia, notamment au sujet d’un éventuel partage des bénéfices avec les Guaranis. Les premiers résultats sont encourageants : bien que quelques-unes des sociétés approchées se soient refusées à tout commentaire, plusieurs autres sont désormais prêtes à entamer des négociations en vue d’un partage juste et équitable des bénéfices avec les Guaranis.

Face à nos sollicitations, certaines entreprises, comme  Unilever ou Ricola n’ont tout simplement pas répondu. D’autres, comme Coca Cola ou PepsiCo ont répondu... qu’elles ne répondraient pas. Mais nous avons aussi reçu de nombreuses réponses positives, de Suisse notamment.

  • L’entreprise Evolva – qui travaille en partenariat avec Cargill pour produire des glycosides de stéviol à partir de la biologie de synthèse – est disposée à « mener des discussions relatives au partage des avantages avec les Guaranis dans l’esprit de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique ».
  • Nestlé a indiqué « pleinement soutenir le principe du partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques, comme le prévoit la Convention des Nations unies sur la diversité biologique » et s’est dite « prête à engager, avec d’autres entreprises, des discussions sur le partage des avantages avec les Guaranis ».
  • Migros a également indiqué qu’elle soutenait le principe de partage des bénéfices avec les peuples indigènes et les pays d’origine. L’entreprise a déclaré qu’elle était prête à discuter du cas spécifique des glycosides de stéviol directement avec ses fournisseurs.
  • Toujours en Suisse, Goba (sodas), a exprimé la volonté de coopérer pour mettre en œuvre l’idée du partage des bénéfices avec les Guaranis.
  • Dans le même esprit, Stella Bernrain (chocolats) exprime son soutien au partage des bénéfices et sa volonté de travailler avec des fournisseurs qui partagent leurs bénéfices avec les Guaranis.

Le rapport de suivi (PDF, 2.1 MB) publié en novembre 2016 présente les principaux développements de ce dossier depuis notre première publication en 2015 : les résultats de nos discussions avec les entreprises, les revendications des Guaranis et l’évolution du cadre légal au cours de l’année écoulée.

Notre revendication: une solution équitable contre la biopiraterie

Les entreprises qui produisent ou utilisent les glycosides de stéviol s’évertuent actuellement à en éliminer l’arrière-goût amer. Mais c’est surtout contre une autre forme d’amertume qu’elle devrait concentrer leurs efforts en mettant un terme à leurs agissements qui privent les Guaranis des indemnisations auxquelles ils auraient droit pour l’utilisation de leur savoir ancestral.

  • Les multinationales comme Cargill ou Coca-Cola, qui produisent ou utilisent des glycosides de stéviol, doivent immédiatement entamer des négociations avec les Guaranis pour déterminer comment partager les avantages et les bénéfices qu’ils retirent de l’utilisation de la stévia.
  • Les glycosides de stéviol synthétisés ne doivent pas être produits ni vendus tant qu’aucune étude n’a démontré leur impact socioéconomique.
  • Les multinationales doivent mettre un terme à leurs campagnes de désinformation sur leurs produits édulcorés aux glycosides de stéviol et cesser de les présenter comme «naturels» ou «issus du savoir traditionnel des Guaranis».

Agir ici pour un monde plus juste

En dénonçant la face cachée du boom des édulcorants dérivés de la stévia et en stimulant le dialogue entre l’industrie et les détenteurs du savoir traditionnel, Public Eye s’engage pour que les droits des Guaranis soient reconnus et respectés. Le chemin est encore long, mais les évolutions récentes montrent que notre démarche commence à porter ses fruits. Au fil des mois à venir, Public Eye poursuivra son engagement et offrira son appui aux Guaranis dans leur lutte pour défendre leurs droits.

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