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Le 24 avril 2013, un bâtiment de neuf étages abritant cinq ateliers de confection textile s’est effondré à Savar près de Dacca, la capitale du Bangladesh. 1138 personnes ont perdu la vie et plus de 2000 autres ont été blessées dans ce drame, le plus meurtrier à ce jour dans l’industrie textile. Cette tragédie est symptomatique des conditions de travail et de sécurité affligeantes dans l'industrie des vêtements et de la chaussure partout dans le monde.

Rainbow Collective - Documentary Production «Tears In The Fabric» (teaser trailer) 2014

 

Le drame

Selon le ministre de l'intérieur bangladais, trois des huit étages du Rana Plaza avaient été construits illégalement; le neuvième était en construction. Le bâtiment hébergeait des banques et des magasins, ainsi que cinq ateliers de confection textile produisant pour de grandes marques internationales. Bien que les ouvriers et ouvrières aient signalé avant l'effondrement que des fissures apparaissaient sur les murs, la direction leur a ordonné de continuer à travailler dans le bâtiment. Quand l'immeuble s'est finalement effondré le 24 avril 2013, il était trop tard pour secourir nombre d'entre eux.

Qui faisait produire au Rana Plaza?

12 entreprises, dont Benetton, El Corte Ingles, KiK et Mango, ont confirmé faire produire au Rana Plaza au moment de l’effondrement. Toutefois, des militants locaux ont trouvé dans les débris des étiquettes, des vêtements et des bulletins de commande d’autres marques qui contestent avoir eu des relations d’affaires avec les ateliers du Rana Plaza ou qui prétendent y avoir mis un terme.

A ce jour, 32 marques ont pu être reliées aux ateliers du Rana Plaza: Adler Modemärkte (Allemagne), Ascena Retail (USA), Auchan (France), Benetton (Italie), Bon Marche (Angleterre), C&A (Belgique), Camaïeu (France), Carrefour (France), Cato Fashions (USA), El Corte Ingles (Espagne), Grabalok (Store 21, Angleterre), Gueldenpfennig (Allemagne), Iconix (Lee Cooper, USA), Inditex (Zara, Espagne), JC Penney (USA), Kanz (Kids Fashion Group, Allemagne), Kappa (Italie), Kik (Allemagne), L.C. Waikiki (Türkei), Loblaws (Canada), LPP (Pologne), Mango (Espagne), Manifattura Corona (Italie), Mascot (Danemark), Matalan (Angleterre), NKD (Allemagne), Premier Clothing (Angleterre), Primark (Angleterre/Irlande), PWT (Texman, Danemark), The Children’s Place (USA), Walmart (USA) et YesZee (Italie).

La situation des victimes

Suite à cette tragédie, il a fallu beaucoup de temps avant de pouvoir dresser la liste des victimes, première étape vers le versement d’indemnités. Les survivants et les familles des victimes ont été confrontés à de nombreuses difficultés, ne serait-ce que pour prouver qu’ils travaillaient bien au Rana Plaza. Les documents demandés avaient été perdus dans les décombres ou n’existaient simplement pas. Sans certificat de décès, les familles des personnes disparues dans l’effondrement ne pouvaient prétendre à une aide financière.

Une grande partie des victimes sont désormais dans l’incapacité de travailler en raison de séquelles physiques ou du traumatisme. Beaucoup de survivants et de nombreuses familles de victimes se trouvent aujourd’hui encore dans une situation financière critique suite au drame, malgré la négociation d’un accord pour les indemnisations des victimes.

L’Accord pour les indemnisations des victimes du Rana Plaza

Plus de six mois après l’effondrement, un accord réglant l’indemnisation des frais médicaux et de la perte de gain des victimes a été adopté. Un nombre important d'entreprises qui faisaient produire dans ce bâtiment dangereux au moment de l’effondrement ont rejeté leur responsabilité quant aux conditions de travail désastreuses. En refusant de contribuer financièrement à l’indemnisation des victimes, elles les ont privé de leur droit à des réparations justes et suffisantes. Il aura finalement fallu plus de deux ans et une forte pression publique pour réunir les 30 millions de dollars nécessaires à l’indemnisation des victimes.

Cette étape restera toutefois historique: c’est la première fois qu’un accord visant l’indemnisation de toutes les victimes d’un accident industriel aboutit. Le Rana Plaza-Arrangement, basé sur la convention n° 121 de l’OIT (prestations en cas d’accidents du travail et de maladies professionnelles), règle l’indemnisation des frais médicaux et les allocations pour perte de gain. Il a été négocié par un comité multipartite, composé de la Campagne Clean Clothes (CCC), de trois marques internationales (Primark, Loblaw et El Corte Ingles), du ministère du travail bangladais, de l’association patronale et de syndicats internationaux et locaux.

L’Accord sur la sécurité des bâtiments au Bangladesh

Plusieurs années avant l’effondrement du Rana Plaza, les syndicats bangladais et les ONG internationales, dont la Campagne Clean Clothes (CCC), exigeaient déjà un plan de mise en œuvre pour améliorer la sécurité au travail dans les usines textiles bangladaises. Mais dans l’industrie de la mode, ce point n’était pas à l’ordre du jour.

En novembre 2012 et en avril 2013 surviennent deux accidents graves dus à la sécurité défaillante des bâtiments (l’incendie de l’usine Tazreen, puis l’effondrement du Rana Plaza). Après ces deux nouvelles tragédies, la pression publique envers les entreprises textiles produisant au Bangladesh est devenue si grande que plusieurs se sont décidées à signer l’Accord sur la protection contre les incendies et la sécurité des bâtiments au Bangladesh, adopté en mai 2013. Il a été renouvelé en juin 2017 pour trois années supplémentaires.

Revendications de la Campagne Clean Clothes (CCC)

La CCC demande à toutes les entreprises qui font produire des textiles au Bangladesh de signer l’Accord sur la protection contre les incendies et la sécurité des bâtiments au Bangladesh. Elle demande à tous les acteurs de prendre enfin des mesures pour s'assurer du respect des droits humains et de l'environnement sur l'ensemble de leur chaîne d'approvisionnement et de garantir aux victimes un accès direct à des réparations.

Moments-clés

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