Chiquita : Public Eye dévoile l’enfer des plantations de bananes au Guatemala
Lausanne, Zurich, 21 avril 2026
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Fabian Lang
L’essentiel en bref :
Sur les plantations des sous-traitants de Chiquita, dans le sud du Guatemala, les conditions de travail relèvent de l’exploitation et présentent de graves risques pour la santé du personnel agricole.
À Etoy (VD), où l’ancien groupe étatsunien a établi son siège en 2008, Chiquita profite d’un dumping fiscal au niveau cantonal et fédéral.
Par une manifestation (pour l’instant) virtuelle, Public Eye exige le paiement de salaires minimums légaux, des mesures de protection contre les pesticides ainsi que le respect de la liberté syndicale.
C'est sans doute en raison de son sombre passé colonial sous le nom de United Fruit Company que ce groupe d'origine étatsunienne préfère arborer son logo mondialement connu, Miss Chiquita. La réalité dans les plantations de ses sous-traitants au Guatemala est pourtant brutale, comme le révèlent les témoignages recueillis par Public Eye. Des milliers de cueilleurs de bananes triment jusqu’à 12 heures par jour sous une chaleur, et une pression, écrasantes, pour des salaires souvent inférieurs aux minimas légaux fixés par l’État, déjà très bas. Il n’y a pas que l’ambiance qui soit toxique : les ouvriers et ouvrières agricoles sont exposé·e·s, sans protection, à l’épandage aérien de pesticides. En tête de liste figure le mancozèbe, une substance interdite depuis des années dans l’Union européenne et en Suisse, car jugée trop dangereuse. Les personnes qui critiquent ces conditions de travail abusives ou tentent de s’organiser syndicalement risque d’être renvoyé·e·s et de voir leur nom inscrit sur une liste rouge.
Pour atteindre des objectifs de rendement infernaux, bon nombre d’ouvriers agricoles recourent à la « bomba » : un mélange artisanal d’opioïde tramadol et de boisson énergisante. Chiquita ferme les yeux sur ces abus et répond aux protestations — comme récemment au Panama — par la répression ou la délocalisation. C’est également le cas au Guatemala, où la production a été déplacée des plantations appartenant au groupe, situées au nord du pays, vers des exploitations de sous-traitants dans le sud.
Dans le cadre de notre enquête, nous avons aussi examiné la « République bananière suisse ». Car le modèle d’affaires de Chiquita repose non seulement sur le dumping salarial dans les pays producteurs, mais aussi sur le dumping fiscal dans son pays hôte, la Suisse. Depuis 2015, le groupe installé à Etoy, dans le canton de Vaud, a réalisé 1,6 milliard de dollars de bénéfices, tout en payant moins de 7% d’impôts. Ces conditions fiscales avantageuses ont également conduit ses principaux concurrents — Fyffes et Del Monte — à établir leur siège en Suisse.
Près de la totalité de la production de Chiquita est certifiée Rainforest Alliance. Or, les conditions de travail documentées dans les plantations guatémaltèques sont contraires aux standards imposés par le label au logo à la grenouille verte. L’utilisation du mancozèbe, par exemple, est interdite. Pourtant, les sous-traitants de Chiquita bénéficient depuis des années de « dérogations temporaires » pour l'épandage de ce pesticide hautement toxique par voie aérienne.
Face à ce cas flagrant de greenwashing, Public Eye organise une manifestation virtuelle afin de pousser Chiquita à assumer ses responsabilités envers les travailleurs et travailleuses au Guatemala. Nous exigeons notamment le versement du salaire minimum légal, l’interdiction de la pulvérisation de pesticides pendant les heures de travail ainsi que le respect de la liberté syndicale. Si Chiquita ne répond pas à ces demandes, nous porterons notre action de protestation pacifique devant le siège du groupe à Etoy.
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