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La vérité (presque) nue sur les uniformes suisses

le 13 juin 2012

Lausanne, 13.06.2012 - Environ deux millions de personnes en Suisse portent des vêtements de travail, soit près de 50% de la population active. Une part importante de ces articles sont achetés par la Confédération, les cantons, les communes et les hôpitaux, et sont donc aussi financés par les impôts. Le secteur des vêtements professionnels représente un marché important et opaque. Il est en effet très difficile de savoir où et dans quelles conditions les uniformes de police, les blouses d’hôpital ou encore les tenues de camouflage sont produits. L’enquête menée par la Déclaration de Berne (DB) le prouve : l’exploitation a lieu à quelques centaines de kilomètres à peine de la Suisse.

Les couturières qui fabriquent les vêtements de travail en République de Macédoine ne gagnent que 122 francs suisses par mois ou 70 centimes de l’heure. Un salaire insuffisant pour vivre dignement dans ce pays, où, selon l’office de la statistique, les dépenses usuelles s’élèvent en moyenne à 600 francs par mois. En République de Macédoine, l’écart entre le salaire minimum légal et le salaire de subsistance est aussi important qu’au Bangladesh, et le salaire minimum est encore plus bas qu’en Chine et en Indonésie. En raison des bas salaires, de la présence d’une main d’œuvre qualifiée et de la proximité géographique, ce pays est devenu le principal lieu de production des vêtements de travail suisses. L’indication «Made in Europe» n’offre donc pas la garantie de bonnes conditions de travail.

L’enquête de la DB montre la nécessité d’agir

Les vêtements et les textiles sont connus pour être des produits à risque, dont les conditions de production posent problèmes dans le monde entier. Afin d’éviter que les recettes fiscales ne financent l’exploitation des ouvriers et ouvrières, le secteur public doit envoyer un signal clair en exigeant des fournisseurs de vêtements professionnels le respect et la mise en œuvre des principes de responsabilité sociale et de transparence. Dans le cadre d’une étude menée sur une année environ, la DB et la Campagne Clean Clothes (CCC) ont conduits deux vastes enquêtes. 27 entreprises suisses de vêtements professionnels ont été interrogées sur les conditions de production, et 27 centrales d’achat publiques et 10 centrales d’achat privées sur leurs pratiques en matière d’achat. Les résultats font déchanter: à ce jour, seules quelques centrales d’achat ont intégré pleinement des critères sociaux dans leurs pratiques d’approvisionnement ; la transparence de la chaîne d’approvisionnement n’est que rarement exigée et les contrôles n’ont lieu – quand ils ont lieu – que sur la base des déclarations volontaires des fournisseurs. Du côté des entreprises également, de nombreuses lacunes doivent être comblées. Mis à part quelques entreprises progressistes, le secteur ne semble pas s’être préoccupé jusqu’à maintenant des standards sociaux, des contrôles et de la transparence. Parmi les 27 entreprises interrogées, neuf ne donnent aucune information et deux ont menacé d’entreprendre des démarches juridiques si la DB et la CCC publiaient l’évaluation de leur entreprise.

Une révision de la loi pour combler les lacunes

La législation actuelle ne suffit pas pour que la Suisse remplisse ses propres directives en matière de durabilité et fasse figure d’exemple, tel qu’énoncé dans sa Stratégie pour le développement durable 2012-2015. La loi fédérale sur les marchés publics (LMP, 172.056.1) et les lois cantonales doivent être adaptées. Avec la révision de la loi fédérale, actuellement en suspens, la Suisse aurait les moyens d'ancrer de manière claire les critères sociaux dans sa politique d’achat.

Bon nombre de consommateurs et consommatrices demandent déjà des vêtements produits dans le respect des normes sociales et environnementales, que ce soit au niveau de la mode, des habits de sport ou « outdoor ». L’Etat, qui habille bon nombre d’employé-e-s en Suisse, doit faire de même. Par la diffusion de la vidéo « La vérité (presque) nue sur les uniformes suisses », la DB lance aujourd’hui une grande campagne et demande des réglementations juridiques plus fortes pour un approvisionnement durable.

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