Le modèle d’affaires toxique de Syngenta

© Mark Henley / Panos Pictures
Syngenta est numéro un mondial sur le marché des pesticides. Alors que le géant de l’agro-industrie vante ses efforts en matière d’innovation et de durabilité, les recherches de Public Eye révèle que la commercialisation de pesticides extrêmement dangereux est au cœur de son modèle d’affaires. La multinationale profite de la faiblesse des réglementations dans des pays en développement ou émergents pour y vendre des produits, dont bon nombre ont été interdits en Suisse.

Syngenta se présente comme une «entreprise agricole» soucieuse d’aider à nourrir la planète, tout en protégeant les agriculteurs et la biodiversité. Au travers de son Good Growth Plan, ou « Plan de croissance responsable », elle met en avant ses efforts en matière de durabilité, à grand renfort de chiffres prometteurs, de plantes vertes et de visages souriants. La réalité est toutefois bien différente de celle décrite par le géant bâlois dans ses brochures et ses spots publicitaires.

En 2017, Syngenta a vendu pour 9,244 milliards de dollars de pesticides, soit 17% d’un marché devisé à plus de 54 milliards de dollars en 2017. Quelle est la part des pesticides extrêmement dangereux dans cette success story? Notre enquête montre que la commercialisation de telles substances est au cœur du modèle d’affaires de Syngenta.

Sur la base de données exclusives obtenues auprès de Phillips McDougall, Public Eye est pour la première fois en mesure de révéler l’ampleur des ventes de pesticides extrêmement dangereux réalisées par le géant bâlois. Rien qu’en 2017, nous estimons que la multinationale a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 3,9 milliards de dollars grâce aux pesticides extrêmement dangereux soit plus de 40% de ses ventes de pesticides cette année là. Et plus que toute autre société.

Une analyse basée sur des données inédites

Notre enquête s’appuie sur les chiffres de ventes des pesticides de Philips McDougall, une société d’analyse de marché, source de référence pour l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis ainsi que pour l’industrie. Si les données utilisées ne couvrent pas l’ensemble du marché, elles sont assez représentatives pour estimer les ventes mondiales par substance, les volumes pour les principaux pays utilisateurs et les parts de marché de Syngenta.

Alors que le géant bâlois affirme mettre à disposition des agriculteurs et des agricultrices «une science de classe mondiale et des solutions innovantes», il n’a développé que huit nouvelles molécules depuis 2000. Ses «blockbusters» toxiques, comme les très controversés paraquat, glyphosate, lambda-cyhalothrine ou atrazine, sont sur le marché depuis des décennies.

4 chiffres qui montrent que les «HHP» sont au cœur du modèle d’affaires de Syngenta

  • 42 sur 120 pesticides vendus par Syngenta sont sur la liste des pesticides extrêmement dangereux de PAN.
  • 15 des 32 pesticides présentés par le géant bâlois comme ses produits vedettes figurent sur la liste noire de PAN.
  • 42% du chiffre d’affaires mondial de Syngenta est réalisé avec des pesticides extrêmement dangereux.
  • 18%: les parts du marché mondial des pesticides extrêmement dangereux de Syngenta.

Le Brésil est le principal marché du géant bâlois. L’Argentine, la Chine, le Paraguay, le Mexique, l’Inde, le Vietnam, les Philippines, le Kenya ou encore le Ghana sont aussi des destinations privilégiées de ses pesticides extrêmement dangereux. Implacable machine, Syngenta dissémine ces substances en Amérique latine, en Asie et sur le continent africain, où elle tente aussi, avec d’autres groupes, d’imposer à large échelle un modèle agricole dépendant de ses produits.

Les réponses de Syngenta

Contacté par Public Eye, le géant bâlois nous a fait parvenir une longue réponse, que nous publions ici. Syngenta indique «ne pas être d’accord avec la liste développée par PAN». Elle ne considère pas certains pesticides y figurant comme «extrêmement dangereux» Syngenta explique soutenir une réglementation des pesticides basée non pas sur les dangers intrinsèques des substances, mais sur les risques découlant de l’exposition, estimant que ceux-ci peuvent être réduits, notamment grâce à des programmes de formation des agriculteurs. La firme assure veiller à ce que ces risques soient traités de façon appropriée et réduits au minimum. Elle affirme «respecter toutes les lois et les standards de sécurité dans les pays où ses produits sont commercialisés.».