Corruption en Gambie : la justice française enquête sur la filiale genevoise de TotalEnergies
Lausanne, Zurich, 1 avril 2026
L’essentiel en bref
- Pendant une décennie, TotalEnergies a entretenu des relations d’affaires étroites avec un proche du régime gambien soupçonné d’avoir versé des pots-de-vin à l'ancien président Yahya Jammeh.
- En France, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire en lien avec ces faits, comme le révèle Public Eye.
- Dans ce cadre, les bureaux de Totsa à Genève ont été perquisitionnés en 2024.
La Gambie, petit État d’Afrique de l’Ouest enclavé dans le Sénégal, ne produit pas de pétrole et dépend entièrement des importations pour son approvisionnement. Grâce à ses relations avec le dictateur Yahya Jammeh, accusé d’avoir détourné près d’un milliard de dollars durant son règne (1994-2017), l’homme d’affaires belgo-libanais Mohammad Bazzi s’est imposé, dès 2004, comme l’importateur exclusif de tous les produits pétroliers en Gambie. Sa société Euro African Group Limited (EAGL) réalisait alors une marge de 17% par rapport au prix du marché. Un gouffre financier pour sa principale cliente, la National Water and Electricity Company – l’entreprise étatique gambienne en charge de l’eau et de l’électricité.
Mohammad Bazzi se fournissait auprès de TotalEnergies (à l’époque Total) et sa filiale genevoise de négoce Totsa, qui ont bénéficié pendant plus d’une décennie de ce monopole. L’enquête de Public Eye raconte «ce solide partenariat [..] établi au fil de plusieurs années de coopération étroite», tel que le décrivait en 2010 l’homme d’affaires dans une lettre adressée au président Jammeh.
En 2017, une Commission d’enquête a été mise en place par le nouveau gouvernement gambien afin d’identifier les malversations commises par le président Jammeh et son entourage. Elle a conclu que le mandat d’exclusivité accordé aux sociétés de Mohammad Bazzi équivalait à une «position de faveur» qui avait été «maintenue par et grâce à des pots-de-vin et d’autres pratiques de corruption». La Commission a mis en évidence des versements effectués par EAGL en faveur du président Jammeh, pour un montant total d’environ 10 millions de dollars.
Comme Public Eye l’a appris, le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire portant sur des soupçons de corruption d’agent public étranger. Selon nos informations, la justice française agit depuis l’automne 2021 à la suite d’une plainte contre X déposée par Transparency International France. Les bureaux de Totsa ont été perquisitionnés à Genève en 2024 à la demande du parquet français, et d’autres requêtes ont depuis été adressées à la Suisse. Contacté, le Ministère public de la Confédération confirme que le parquet fédéral « exécute actuellement » la demande d’entraide de son homologue français, sans toutefois avoir ouvert une procédure pénale en Suisse.
Plus d’informations ici ou auprès de:
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