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Barrage d’Ilisu: malgré l’ultimatum, les standards internationaux ne seront pas respectés par la Turquie

le 9 juin 2009

Berlin, 28.05.2009 - Quarante jours avant l’expiration d’un ultimatum de six mois, tout semble indiquer que la Turquie ne sera pas en mesure de respecter les conditions posées par les assurances contre les risques à l’exportation d’Ilisu. En particulier, la ville antique d’Hasankeyf est condamnée à être immergée. Selon Robert Goodland, l’expert de la Banque mondiale, le projet ne satisfait pas aux standards fixés par la Banque mondiale. Il plaide pour son abandon auprès des Européens.

En vue d’une conférence internationale tenue à Berlin au sujet d’Ilisu, Robert Goodland, responsable de l’établissement des normes sociales et environnementales pour la Banque mondiale, déclarait que le barrage ne satisferait jamais aux standards internationaux fixés par cette dernière : « La Banque mondiale refuserait un tel projet, et avec raison. Il aurait des conséquences désastreuses, et la Turquie n’est pas suffisamment préparée. Les exigences européennes ne permettent pas de protéger les quelque 60’000 personnes concernées, les biens culturels uniques et les écosystèmes de la région.»

L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse ont affirmé, à plusieurs reprises, que le projet et les 153 exigences qu’elles ont liées à l’octroi de leurs garanties correspondent aux standards de la Banque mondiale. Ce n’est pas le cas. « Si les pays européens continuent à soutenir ce projet, ils saperont les standards de la Banque mondiale et enverront un signal négatif au niveau international », ajoute Goodland.

En coulisses, d’intenses négociations sont en cours. La Turquie a récemment fourni des rapports détaillés qui semblent montrer que quelques conditions sont remplies, mais la réalité sur le terrain est décevante. Christine Eberlein, de la Déclaration de Berne, s’est rendue dans la région la semaine dernière. Il s’avère qu’il n’existe aucun plan de sauvetage pour la ville antique d’Hasankeyf. Le déplacement prévu de certains édifices s’avère impossible. Les spécialistes turques eux-mêmes ne voient aucune possibilité de sauvegarder les monuments les plus importants. Selon Christine Eberlein, «les habitants d’Hasankeyf, qui vivent principalement du tourisme, seront privés sans contrepartie de tout moyen de subsistance ». Seules six localités disposent d’un plan de relogement détaillé. Pour les 190 autres, rien n’est prévu.

Hasan Janabi, ex-conseiller du ministère irakien des ressources hydrauliques, met en évidence les conséquences néfastes de la réalisation de ce barrage pour l’Irak. Alors que des millions d’Irakiens vivent sur les bords du Tigre et dépendent de l’accès à l’eau, le barrage priverait le pays d’une partie de son approvisionnement et l'eau serait de moins bonne qualité. Les Irakiens seront donc également les victimes du barrage, tout comme le Delta mésopotamien, l’une des zones naturelles les plus importantes au monde. Si le barrage était construit, ces marais seraient asséchés. Selon Hasan Janabi, « le barrage d’Ilisu causerait de gaves dommages en Irak et risquerait de mettre en danger la paix au Moyen-Orient. Malheureusement, les protestations des politiciens irakiens n’ont jusqu’à présent pas été entendues par les Européens. C’est inacceptable ».

Nejdet Atalay, maire de Batman - une ville de 300'000 habitants - s’est rendu à Berlin pour représenter les personnes des régions touchées: « Nous ne voulons pas de ce projet. Hasankeyf n’est pas seulement une ville antique. Elle est un élément important de notre identité et joue un rôle central pour l’avenir économique de l’ensemble de notre région. Il existe plusieurs alternatives à Ilisu », déclare Atalay, qui s’engage pour l’inscription d’Hasankeyf au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Güven Eken, président de l'organisation turque de protection de la nature Doga Derneği, insiste sur le risque de catastrophe écologique. Selon lui, aucune étude d’impact environnemental n’a été faite, mesure pourtant obligatoire en Europe pour tous les types de centrales électriques. « Nous ne comprenons pas la volonté du Gouvernement allemand de prendre part à un projet qu’il n’oserait jamais imposer aux habitants de son propre pays. Si les pays européens se retirent du projet, nous avons de grandes chances qu’il soit définitivement enterré. Même s’ils refusent de se retirer, nous continuerons à nous opposer à la construction du barrage. Le soutien de la population turque à notre campagne est de plus en plus fort ».


La Campagne internationale Stop Ilisu exige du Conseil Fédéral ainsi que des gouvernements allemand et autrichien qu’ils se retirent définitivement du projet le 6 juillet. La campagne est soutenue par la pop-star turque, Tarkan, qui a ouvert le sommet Ilisu jeudi soir, à Berlin.

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