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Convention de Rotterdam: le paraquat n'est toujours pas listé

Genève, le 18 mai 2015

Lors de la 7e conférence des 154 parties contractantes de la Convention de Rotterdam, qui a eu lieu à Genève du 12 au 15 mai, l'Inde et le Guatemala ont à nouveau empêché l'inscription du produit phare de Syngenta, le paraquat, sur la liste des produits chimiques dangereux. Ce blocage récurrent provoqué par quelques pays ne concerne pas seulement le paraquat, mais aussi d'autres produits chimiques comme l'amiante chrysotile. Il montre la nécessité de réviser au plus vite les règles de la Convention de Rotterdam afin que les informations portant sur les produits chimiques dangereux puissent être échangées efficacement entre les Etats.

Des cultivateurs de thé répandent des pesticides sans équipement de protection adéquat.

Genève, le 18 mai 2015

Au début des délibérations, le rapporteur spécial de l'ONU pour les substances dangereuses, Baskut Tuncak, a rappelé que «sur le plan juridique comme sur le plan moral, les Etats n'ont aucune raison de continuer à empêcher l'inscription de l'amiante chrysotile et du paraquat sur la liste prévue par la Convention de Rotterdam». Malgré cet appel, l'Inde et le Guatemala, fortement soutenus par l'industrie des pesticides, ont à nouveau bloqué le processus d'inscription du produit phare de Syngenta sur cette liste, privant ainsi d'autres Etats du droit à être informés lorsque de telles substances passent leur frontière. Pour les produits figurant sur la liste, la procédure de consentement préalable (prior informed consent, PIC) de la Convention demande que des informations approfondies soient échangées et qu'un accord explicite soit donné avant qu'une substance dangereuse ne soit importée.

La proposition d'inscrire le paraquat sur la liste des produits chimiques dangereux avait été déposée par le Burkina Faso, où le produit Gramoxone Super de Syngenta a provoqué de nombreux cas d'empoisonnement. Comme le montre le rapport publié récemment par la Déclaration de Berne, le réseau Pesticide Action Network et l'UITA, les conditions d'utilisation de ces pesticides au Burkina Faso sont comparables à celles d'autres pays du Sud. Ce rapport révèle qu'en Inde, le paraquat est utilisé dans des conditions très dangereuses et ses incidences sur la santé sont fréquentes. Syngenta recommande par ailleurs d'utiliser le paraquat sur des cultures pour lesquelles ce produit n'a pas été autorisé, ce qui enfreint la loi indienne sur les pesticides.

Le blocage à l'inscription sur la liste du paraquat et d'autres produits chimiques comme l'amiante chrysotile, qui remplissent pourtant les conditions requises pour y figurer, révèle l'inefficacité et les difficultés de mise en œuvre de la Convention de Rotterdam. Un groupe de travail nouvellement créé est désormais appelé à élaborer des mesures permettant de remédier à ce blocage.

Le paraquat est interdit depuis des décennies en Suisse, en Europe et dans un grand nombre de pays. L'attrait de Syngenta pour Monsanto découle aussi de ce produit vedette, dont les ventes sont en progression en Amérique latine. Cet essor est notamment dû aux importantes superficies sur lesquelles du soja résistant au glyphosate est cultivé. Comme un nombre croissant de mauvaises herbes développe une résistance au glyphosate, on épand désormais au Paraguay plus de paraquat que de glyphosate sur les champs de soja. Le système des semences élaboré par Monsanto est toujours davantage tributaire de pesticides très toxiques qui se trouvent dans le portefeuille de Syngenta, comme le paraquat.

Plus d’informations dans notre dossier sur les pesticides ou auprès de:

François Meienberg, Déclaration de Berne, +41 79 796 76 12, food[at]evb.ch

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