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Pesticides: la Suisse exporte des produits interdits vers les pays en développement

Lausanne/Zurich, le 8 mai 2017

Des données confidentielles obtenues par Public Eye montrent que la Suisse exporte de l’atrazine et du paraquat vers des pays en développement. L’usage de ces herbicides produits par le géant bâlois Syngenta est pourtant interdit sur le territoire helvétique en raison de leur forte toxicité. Public Eye demande aux autorités de mettre fin à ce double standard et de respecter les engagements pris dans le cadre de la Convention de Bâle. Une interpellation parlementaire vient d’être déposée à ce propos. A bout touchant, le rachat de Syngenta par ChemChina renforcera la concentration sur le marché des pesticides et accentuera l’utilisation de produits hautement toxiques dans les pays en développement.

Entre 2012 et 2016, quatre exportations de paraquat et treize d’atrazine ont été enregistrées depuis la Suisse. Les pays de destination sont l’Argentine, le Brésil, le Cameroun, la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Pérou et la Thaïlande. Si les documents caviardés obtenus par Public Eye auprès de l’administration fédérale ne dévoilent pas les expéditeurs, il ne fait aucun doute que Syngenta est concernée. Leader mondial des pesticides avec près de dix milliards de dollars de chiffre d’affaires dans ce secteur en 2016, la firme bâloise domine les ventes de paraquat et d’atrazine (40 et 50 % de parts de marché). La valeur totale des exportations d’herbicides depuis la Suisse s’élevait à 180 millions de francs en 2016.

Le paraquat et l’atrazine ont été interdits en Suisse et dans l’Union européenne en raison de leur dangerosité pour la santé et l’environnement. Ils font partie des pesticides les plus toxiques au monde et ne peuvent en aucun cas être utilisés de manière sûre dans les pays en développement. Le paraquat cause chaque année des milliers d’empoisonnements. Il est lié à plusieurs maladies chroniques, dont la maladie de Parkinson, comme le montre un rapport (PDF, 1.2 MB) récent. L’atrazine est un perturbateur endocrinien qui affecte le système reproducteur et augmente les risques de cancer. En avril dernier, Public Eye s’est adressé à l’Office fédéral de l’environnement (PDF, 130 KB) (OFEV) pour lui demander de mettre un terme à ce double standard scandaleux, qui constitue dans certains cas une violation de la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux*. Dans une interpellation parlementaire, la Conseillère nationale verte Lisa Mazzone a demandé au Conseil fédéral de se positionner sur ces pratiques illégitimes.

Les pesticides sont à l’origine de quelque 200 000 décès par intoxication aiguë chaque année, dont 99 % surviennent dans les pays en développement. Pour les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur les déchets toxiques et sur le droit à l’alimentation « le fait d’exposer la population d’autres pays à des toxines dont il est avéré qu’elles provoquent de graves problèmes de santé, et peuvent même entraîner la mort, constitue une violation des droits humains ». La Suisse doit assumer ses responsabilités en interdisant l’exportation de paraquat, d’atrazine et de tout autre pesticide dangereux dont l’usage est interdit sur le sol helvétique.

A bout touchant, le rachat de Syngenta par ChemChina renforcera encore la concentration sur le marché des pesticides et le pouvoir d’influence des grands groupes. Aujourd’hui, trois entreprises contrôlent 50 % du marché mondial. Lorsque les trois mégafusions en cours seront effectives, cette part s’élèvera à près de 70 %. A l’heure où la Suisse et la communauté internationale ambitionnent une transition vers des systèmes alimentaires et agricoles plus durables, cette tendance a de quoi inquiéter.

Plus d’informations dans notre dossier sur le paraquat auprès de :

Laurent Gaberell, Agriculture, biodiversité et propriété intellectuelle, 021 620 06 15, laurent.gaberell[at]publiceye.ch 

*Des exportations suisses violent la Convention de Bâle
En vertu de la Convention de Bâle, la Suisse a l’obligation d’interdire ou de ne pas permettre « l’exportation de déchets dangereux et d’autres déchets dans les Parties qui ont interdit l’importation de tels déchets ». Or, le Cameroun est signataire de la Convention de Bamako (PDF, 414 KB), qui considère comme déchets dangereux « les substances dangereuses qui ont été frappées d’interdiction [...] dans les pays de production pour des raisons de protection de la santé humaine ou de l’environnement ». L’OFEV ne conteste pas (PDF, 115 KB) sur le fond, mais argue que le Cameroun n’a pas officiellement notifié sa définition des déchets toxiques à la Convention de Bâle. La Suisse prendra-t-elle les mesures qui s’imposent ?

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