Affaire Petrobras: Glencore, Trafigura et Vitol soupçonnés de corruption au Brésil

Le Ministère public fédéral du Brésil a lancé aujourd’hui un vaste coup de filet visant les trois plus grandes sociétés suisses de négoce, accusées d’avoir versé des pots-de-vin cumulés à hauteur de 15,3 millions de dollars. Les autorités judiciaires ont lancé la 57e phase de l’opération «Lava Jato», une tentaculaire affaire de corruption au centre de laquelle se trouve la compagnie pétrolière semi-publique Petrobras. Ce scandale illustre de façon éclatante les risques de corruption élevés que comporte le négoce de matières premières et la nécessité pour les autorités helvétiques de sortir de leur inertie.

Début novembre, une enquête menée par Public Eye et Global Witness révélait que Glencore, Trafigura et Vitol avaient rémunéré directement ou indirectement des intermédiaires soupçonnés d’avoir corrompu des dirigeants de Petrobras ainsi que des hommes politiques dans le cadre de l’obtention de contrats pétroliers atteignant au moins 20 milliards de dollars. Entre 2004 et 2015, Trafigura a ainsi conclu des contrats valant 8,7 milliards de dollars avec Petrobras, dans un contexte où la corruption avait été érigée en « règle du jeu », comme l’a résumé Sergio Moro, figure de proue de l’opération «Lava Jato», en passe de devenir Ministre de la Justice du Brésil.

Alors que les trois négociants ont nié avoir pris part à toute malversation, trois de leurs intermédiaires figurent aujourd’hui sur la liste des personnes activement recherchées par la justice brésilienne ou faisant l’objet de mandats d’arrêt. Plus de 160 opérations d’achat et de vente de produits pétroliers et de location d’entrepôts de stockage sont visées, entre 2011 et 2014. Selon les procureurs brésiliens, «les preuves indiquent (…) que les sociétés investiguées payaient des pots-de-vin à des fonctionnaires de Petrobras pour obtenir des facilités, des prix plus avantageux et réaliser des contrats à une fréquence plus élevée». Ils ajoutent que les dirigeants au plus haut niveau des sociétés concernées étaient pleinement informés de ces agissements.

La semaine dernière, le Conseil fédéral a publié le maigre bilan des (in)actions entreprises depuis 2013 concernant le secteur des matières premières. Alors que les risques de corruption liés aux activités de négoce sont reconnus par l’OCDE, qui enjoint aux autorités fédérales de soumettre ce secteur sensible à «une régulation adaptée et contraignante», le Secrétariat à l’économie se contente d’éditer une brochure de «sensibilisation» à l’intention des entreprises. Dans son propre rapport, Public Eye a mis en évidence les mesures contraignantes nécessaires pour prévenir de tels scandales.  

Pour endiguer la corruption, la mesure phare des autorités est une disposition sur la transparence des paiements effectués par les sociétés aux gouvernements des pays producteurs. Une véritable farce politique, puisque la proposition du gouvernement limite cette obligation aux sociétés extractives, alors que l’essentiel des firmes suisses sont actives dans le négoce. Le projet des autorités, adopté par le Conseil national, ne concernerait ainsi que 4 des quelque 544 sociétés établies en Suisse. Les achats, notamment de pétrole, qu’elles effectuent en milliards dans des pays où la corruption est endémique, demeureront secrets. Le Conseil des États se prononcera le 11 décembre; il doit impérativement corriger le tir.

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