Les principaux problèmes liés à la production et au négoce

© Pascal Maitre / Panos
L’expansion de l’agriculture industrielle à grande échelle et à haut rendement et l’émergence de chaînes mondiales de création de valeur augmentent les risques de conditions de travail dangereuses ou d’exploitation. En particulier dans les pays à faibles revenus, où le secteur agricole est un employeur clé. La majorité de la main-d’œuvre s’éreintent dans des conditions épouvantables pour produire des marchandises destinées au marché mondial, comme des bananes, du cacao, du café, du coton ou des oranges. L’évasion fiscale, la corruption et les affaires avec des des personnes politiquement exposées sont aussi des problèmes récurrents au négoce de matières premières agricoles.

Les problèmes liés au secteur des matières premières agricoles sont divers et bien documentés. Les plus fréquents et les plus graves concernent l’absence de revenus ou de salaires vitaux, le travail forcé et le travail des enfants, les risques pour la santé, la sécurité au travail (décès, accidents ou maladies) ou encore la destruction des moyens de subsistance causée par la déforestation et l’accaparement des terres.

Selon Hilal Elver, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation: «Les travailleurs agricoles, notamment les femmes, les enfants, les migrants et les ouvriers des plantations font de plus en plus souvent face à des salaires bas, à du travail informel ou à temps partiel et à un manque de protection sociale et économique. Ils doivent également subir des conditions de travail dangereuses liées à une exposition régulière à des pesticides et aux longues heures passées sous des températures extrêmes sans accès adéquat à l’eau.»

Toutefois, les ouvriers agricoles ne sont pas les seuls, dans le système alimentaire mondial tel qu’on le connaît aujourd’hui, à se voir refuser une rémunération suffisante pour leur dur labeur. Les petits agriculteurs qui travaillent à leur propre compte et produisent pour le marché mondial, comme les producteurs de cacao ou de café, gagnent souvent beaucoup moins qu’un revenu vital. Les maigres ressources de ces exploitants mènent, dans bien des cas, à des violations des droits humains: les agriculteurs se voient obligés de diminuer les coûts, ce qui peut les amener à faire appel au travail des enfants ou à prendre certains raccourcis en matière de précautions de sécurité au travail.

© Edgard Garrido / Reuters

D’autres problèmes graves comme l’exploitation des travailleurs migrants, la traite d’êtres humains, la pollution environnementale, des maladies spécifiques à certaines plantations comme la maladie du tabac vert, ou encore des discriminations et des violences sexuelles ont été fréquemment constatés dans la production de matières premières agricoles.

Les discriminations sexuelles, souvent conjuguées à d'autres formes de discrimination, affectent davantage les femmes. Elles sont généralement plus exposées à des salaires plus bas et sont surreprésentées dans l’emploi non payé, saisonnier ou à temps partiel. Elles sont aussi généralement désavantagées en matière de propriété foncière, et ont donc peu d’accès et un contrôle limité sur les moyens de production (intrants, finances, technologies et marchés).

Bien qu’ils soient plus difficiles à identifier et à prouver, les risques d’évasion fiscale, de corruption et la conduite d'affaires avec des personnes politiquement exposées sont également élevés dans le négoce de matières premières agricoles.

Malgré ces conséquences négatives avérées ou potentielles, les principales sociétés et les décideurs politiques ont, pour la plupart, choisi de garder le silence face aux violations répétées des droits humains liées à cette industrie. Le secteur des matières premières agricoles et les modèles d’affaires des négociants doivent donc faire l’objet d’une analyse à plus grande échelle.