Malaisie

En 2012, la Suisse a entamé dans le cadre de l’AELE des négociations autour d’un accord de libre-échange avec la Malaisie, qui s’est vite trouvé sous le feu des critiques. Une vaste coalition s’oppose à l’exonération des droits de douane de l’huile de palme, dont la production est problématique à bien des égards : à cause de l’extension croissante des plantations de palmiers à huile, les populations locales sont expulsées et de précieuses forêts tropicales primaires sont déboisées. Les exploitations emploient des travailleurs et travailleuses de Malaisie et d’ailleurs dans des conditions souvent contraires aux droits humains et au droit du travail internationaux. Au sein de la coalition, Public Eye exige donc que l’huile de palme soit exclue de l'accord de libre-échange.

À l’issue du septième cycle de négociations sur l’accord de libre-échange entre la Malaisie et l’AELE, tenu à Genève en juin 2016, de nettes divergences, notamment de la question de l’huile de palme, se sont cristallisées autour de la table des négociations (cf. accord de libre-échange avec l’Indonésie).

Tandis que la Malaisie prône une réduction des droits de douane pour les importations d’huile de palme, une forte opposition a vu le jour en Suisse, où une pétition signée par 20 000 personnes, et demandant que l’huile de palme soit exclue de l’accord de libre-échange, a été remise par une coalition composée d’organisations de développement, de protection de l’environnement et de défense des droits humains, ainsi que de représentant·e·s du monde agricole et des consommateurs et consommatrices.

Par ailleurs, le Parlement suisse a déjà demandé en 2012 que la Malaisie ratifie les Conventions de l’ONU relatives aux droits de l’homme et les conventions fondamentales de l’OIT avant que les négociations ne puissent aboutir.

Grande victoire de la coalition contre l'huile de palme

Plusieurs conseillers nationaux et conseillères nationales de divers partis ont en outre formulé des interventions parlementaires sur la question de l’huile de palme. Début 2018, une première victoire est fêtée. En tranchant clairement en faveur d’une motion de Jean-Pierre Grin (UDC), le Conseil national a décidé d’exclure l’huile de palme de l'accord de libre-échange en discussion avec la Malaisie. Ce succès est à mettre au crédit de l'inlassable travail de la coalition suisse sur l'huile de palme, dont Public Eye est un membre engagé. Selon toute vraisemblance, le Conseil des États débattra de cette motion lors de la session d'automne.

La Malaisie est de loin le premier pays d’où provient l’huile de palme importée en Suisse. Celle-ci est surtout employée dans les plats cuisinés, les produits de nettoyage et la cosmétique. Une réduction ou une exonération des droits de douane entraînerait une nouvelle augmentation des quantités importées, ce qui accentuerait encore les problèmes de violation des droits humains et de dégradation de l’environnement causés en Malaisie par la production industrielle d’huile de palme.

Autres problèmes occasionnés par la production d’huile de palme

Au-delà des aspects de droits humains et de droit du travail, qui sont au cœur des préoccupations de Public Eye, il y a toute une série d’autres arguments allant à l’encontre d’une exonération des droits de douane pour l’huile de palme :

  • Le déboisement des forêts tropicales entraîne l’émission de grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère et la disparition d’une partie significative du « poumon de la Terre », qui absorbe le CO2.
  • L’accélération de la déforestation entraîne une nouvelle perte de la riche biodiversité des forêts tropicales.
  • En raison du faible prix de l’huile de palme, la culture de colza en Suisse n'est presque plus valable ; les agriculteurs et agricultrices suisses craignent de lourdes pertes et la rotation des cultures est mise en danger.
  • Des organisations de protection des consommateurs et consommatrices préviennent en outre qu’une augmentation des produits alimentaires contenant de l’huile de palme est préoccupante pour la santé publique, car celle-ci est composée en grande partie d’acides gras saturés, à la différence d’autres huiles comme celle de colza.