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Travail forcé en Inde

ZDF Travail forcé en Inde (en allemand) - ZDF Zoom, 28.03.2012 : Das Schicksal der Lohnsklavinnen

« We request you to bring us the lovely girls you know and make their lives prosperous as a lighthouse ». Ce sont les mots employés par les usines textiles indiennes pour inciter les jeunes filles à participer au « programme Sumangali ». En jeu : l'opportunité de gagner l'argent nécessaire pour payer la dot de leur mariage, une pratique pourtant officiellement interdite.

En Inde, la pratique de la dot est formellement interdite par la loi depuis 1961. Pourtant, elle est encore très répandue dans les régions rurales. De nombreuses familles s'endettent pour pouvoir payer la dot de leur fille. Le programme Sumangali, mis en place par certaines usines textiles indiennes, promet aux jeunes filles un versement unique pour payer leur dot. Le programme comprend également l'hébergement, des soins, des cours et du temps libre: l'offre est particulièrement attrayante pour les familles pauvres.

Pourtant, la réalité est bien différente. Une fois arrivées à l'usine, les jeunes filles sont victimes du travail forcé : la somme promise pour leur dot - qui devait être versée à la fin des trois ans de programme - n'est plus une prime mais une part de leur salaire. Cette part du salaire est retenue par l'employeur tant que les jeunes filles travaillent. Au final, il est fréquent qu'elles ne touchent pas cet argent, par exemple si elles sont renvoyées avant la fin de leur contrat de trois ans.

Les Indiens les plus pauvres, cibles privilégiées du système Sumangali

Le programme Sumangali a été instauré en 2001 par certaines usines textiles dans les districts du Coimbatore et du Tiripur. Depuis, le programme s'est élargi à l'Ouest et au centre de l'Etat indien du Tamil Nadu. On estime que quelque 120 000 travailleuses sont exploitées par le système Sumangali. Environ 60 pour cent de ces travailleuses appartiennent à la caste inférieure des Dalits (« Intouchables »).

Qui achète les habits du système Sumangali ?

Parue en mai 2011, une étude de SOMO et du partenaire Clean Clothes «India Committe of the Netherlands» (ICN), «Captured by Cotton» (PDF, 864 KB), révèle que de nombreuses marques de vêtements internationales importent des habits provenant d'usines travaillant avec le système Sumangali (ou ayant travaillé avec il y a peu). Les entreprises suisses Migros et Charles Veillon en font partie.

Depuis lors, les grandes marques ont entrepris différentes actions pour mettre fin au travail forcé des jeunes filles Sumangali. La situation dans les ateliers de couture traitant directement avec les clients occidentaux s'est ainsi nettement améliorée. En revanche, le rapport publié en 2012 par SOMO et l'ICN, « Maid in India » (PDF, 0.9 MB), révèle dans ses conclusions que les usines de filage textile sont toujours le théâtre de graves violations des droits du travail.

Le rapport « Flawed Fabrics » (PDF, 3.2 MB) publié en 2014 tire à nouveau les mêmes conclusions : l’exploitation demeure largement répandue dans les usines de filage textile. La plupart des inspections sur place se limitent aux fournisseurs directs, alors que les précédents acteurs de la chaîne, comme les usines de filage textile, ne sont soumis à aucun contrôle concernant le respect des droits du travail. La dernière enquête de SOMO et de l'ICN portent sur cinq usines qui fournissent des marques célèbres comme C&A, H&M et Primark.